Un peu plus d’une semaine après la rentrée universitaire, un tour dans quelques facultés d’Alger témoigne que le protocole sanitaire, établi dans le cadre des mesures de prévention contre la propagation de la Covid-19, est quasi absent et le programme pédagogique attendu avec impatience par les étudiants est toujours flou.

L’alerte a été donnée, le 22 décembre dernier, par les étudiants de la faculté de médecine d’Alger qui, dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, protestent contre les conditions de la rentrée universitaire. La vidéo montre un sit-in de protestation, où les étudiants dénoncent non seulement les conditions de formation pédagogique, mais aussi sanitaires en pleine pandémie de Coronavirus.
Sur le volet pédagogique, les étudiants spécialistes en médecine réclament des cours pratiques car ils ne comprennent pas la logique de former des médecins spécialistes uniquement avec des cours théoriques sans aucune expérience sur le terrain.
Aymen, étudiant en 5e année médecine, déclare à ce propos que «les étudiants en 5e année médecine et les étudiants en cycle clinique se sont mobilisés à travers ce sit-in avec pour objectif l’amélioration de la qualité de la formation. On veut des stages pratiques, car on veut apprendre notre métier correctement et on espère que nos responsables vont nous écouter.»
Les étudiants réclament également plus de volume horaire de cours en estimant que les cours à distance ne sont pas la meilleure des solutions.
Par ailleurs, d’autres étudiants dénoncent aussi la suspension du transport inter wilayas qui met à mal les étudiants qui doivent débourser de leur proche en moyenne 2 000 dinars pour venir en cours à Alger. Ils dénoncent également la surcharge des résidents par chambre dans les cités universitaires en pleine pandémie. Le fait est que cette surcharge augmente le risque de transformer les résidences universitaires en véritable foyer de contagion du coronavirus à cause des négligences et de la gestion anarchique des responsables des œuvres universitaires.
A la faculté de médecine d’Alger, dans la matinée d’hier, nous avons surtout croisé des étudiants de 1re et 2e années. Ikram en 1re année médecine nous explique que pour le moment, les cours se déroulent en présentiel une semaine sur deux car ils ont été scindés en deux groupes. Tandis que Feriel, en 1re année médecine, nous confie que les cours en présentiel se déroulent une semaine sur trois, car ils sont beaucoup plus nombreux. A la question du respect du protocole sanitaire à l’intérieur de l’université, elles répondent avec un sourire gêné, et avouent à demi-mot qu’à part le premier jour, aucune mesure de prévention n’est respectée sauf le port du masque par les étudiants.
Quant à Leila, étudiante en 2e année médecine, elle nous indique qu’elle était venue récupérer, à l’instar de ses autres camarades, les bulletins de notes. Pour l’instant, elle n’a aucune idée sur le déroulement des cours. D’autres étudiants de 2e année affirment que ce qui les préoccupe, c’est d’avoir une visibilité sur les conditions pédagogiques dans lesquelles allaient se dérouler les cours de cette année et qui restent encore floues. Tandis que pour les conditions sanitaires, les étudiants avouent qu’ils se résignent à être fatalistes.

Forte concentration au niveau de l’amphithéâtre
Lina, Hana et Yasmine, des étudiantes en 2e année de pharmacie, ont repris le chemin de la faculté cette semaine. Elles nous avouent leur déception suite au constat du non-respect du protocole sanitaire. Lina explique que «lors de la reprise des cours, la température des étudiants était vérifiée à l’entrée de la faculté, mais ensuite, il n’y a plus eu d’agents avec des thermomètres et les étudiants entrent directement sans aucune vérification. En plus, il n’y a aucun respect du protocole sanitaire comme cela avait été annoncé, il n’y a ni gel ni bavette à la disposition des étudiants et la distanciation sociale n’est pas respectée». Elle précise à ce sujet que «ce qui nous préoccupe le plus, c’est la forte concentration des étudiants au niveau de l’amphithéâtre sans aucun respect de la distanciation sociale. Et même si on voulait l’appliquer, cela serait impossible car nous sommes trop nombreux. C’est vraiment risqué comme situation, car il y a de grands risques qu’un seul étudiant malade sans qu’il le sache propage le coronavirus parmi les centaines d’étudiants présents dans l’amphithéâtre».
Concernant l’enseignement hybride, c’est-à-dire en combinant le présentiel et l’enseignement en ligne, les trois étudiantes s’exclament d’une seule voix que pour le moment le programme n’est pas très clair. On les a informés que les détails du programme pédagogique leur sera transmis dans quelques jours.
Toutefois, Yasmine nous confie que «sincèrement, on préfère que les cours se déroulent en ligne. C’est vrai que la connexion internet n’est pas vraiment fluide, mais c’est mieux pour nous. Pour le moment, il n’y a aucune condition sanitaire rassurante surtout avec les dégâts causés par la deuxième vague». Lina ajoute pour sa part qu’«il serait aussi préférable que les enseignants enregistrent des live pour que tous les étudiants puissent suivre les cours. Avec l’application Zoom, le nombre de participants est limité à 30 personnes, ce qui fait que tous les étudiants n’ont pas accès à ce type de cours, sachant que pour certains cours magistraux on est près de 400».
A quelques encablures de la faculté de médecine, à l’Institut supérieur de journalisme et des sciences, Ikram, étudiante en 1re année Master, déplore les conditions sanitaires inexistantes au sein de la faculté. «On pensait que les choses allaient s’améliorer, mais, en fait, il n’y a qu’un ravalement de façade et les conditions d’hygiène sont aussi déplorables qu’avant la pandémie. Les lieux sont vraiment insalubres. Comment voulez-vous respecter le protocole sanitaire s’il n’y a pas un minimum de propreté. Ce n’est pas quelques flacons de gel désinfectant dans les couloirs qui vont nous protéger de la contamination du virus», estime-t-elle.
Elle conclut avec le constat amer partagé par les étudiants tout au long de notre tournée : «On n’a pas le choix, on vient assister aux TD, même s’il y a un risque pour notre santé. On espère que les responsables vont prendre en considération la santé des étudiants concrètement et non juste dans les discours et les annones médiatiques.» <