Elle avait été mise au placard depuis plusieurs mois, et sa suppression définitive était annoncée par plus d’un, mais finalement, elle est revenue en force. Il est question ici de la règle dite du 51/49 appliquée aux investissements étrangers en Algérie. Un décret publié dans le Journal Officiel du 22 avril est venu remettre en selle un sujet très controversé et qui avait fait couler beaucoup d’encre ces dernières années.
Ainsi, la règle du 51/49 ne concerne plus une «shortlist» de cinq activités considérées comme stratégiques, telles que définies dans l’article 50 de la loi de finances complémentaires pour 2020. Désormais, le partenaire national devra être majoritaire (ou unique) dans une quarantaine d’activités.
Ceux qui s’attendaient à plus d’espace pour la théorie du libre-échange en Algérie vont devoir déchanter. La tendance, sur ce sujet, de l’Etat algérien est maintenant claire, c’est celle du protectionnisme. Reste à savoir si c’est conjoncturel ou carrément une doctrine assumée ! Pour le moment, il est question d’un protectionnisme ciblé.
Il est important d’indiquer que cette décision d’élargir le «champ» du 51/49 est loin d’être une première dans l’actuel paysage économique algérien. Plusieurs autres «signes» avaient été lancés il y a quelque temps déjà. L’un d’eux est la limitation des importations. Elle s’était d’ailleurs imposée d’elle-même. Il y avait (et c’est toujours le cas) la situation économique qui ne permettait plus de continuer sur la même «tendance» appliquée par le système bouteflikien depuis l’embellie des prix du pétrole du début du millénaire. Les caisses se vidaient chaque année et il fallait y mettre le holà. L’autre aspect, qui ne pouvait qu’inciter à sa remise en cause, est la dilapidation outrancière des réserves en devises effectuée par les nombreux oligarques locaux et dont le pays paye, à ce jour, les conséquences.
D’ailleurs le protectionnisme est loin d’être une «anomalie» dans le monde actuel. L’exemple américain est ainsi édifiant. Donald Trump en avait fait un dogme avec son «America First». Nombreux sont ceux qui pensaient que son successeur allait opter pour une vision contraire. Que nenni ! Loin de rompre avec le protectionnisme de son prédécesseur, Joe Biden a plutôt renforcé cette «tendance». Cinq jours après son investiture, le Président américain signait un décret présidentiel pour contraindre l’administration à davantage acheter américain…
Quand il y va de l’intérêt d’une nation, pas de place aux dogmes. Le «jugement» se fera sur les résultats de l’application des décisions.