La ministre de la Solidarité nationale, de la Famille et de la Condition de la femme plaide pour l’amorce d’un débat sur les moyens de lutter contre le châtiment corporel de l’enfant. Pour lutter contre ce phénomène, ô combien réel mais difficilement mesurable en l’absence d’enquêtes et de chiffres sur les victimes,
Mme Ghania Eddalia appelle à la mise en place d’une «approche pluridisciplinaire» qui regroupe les aspects juridique, médical, socio-économique et psychologique de la famille et de l’entourage. L’intervention de Mme Eddalia sur ce sujet a eu lieu le 30 octobre dernier à l’occasion de l’installation d’un groupe de travail devant se pencher sur l’observation et enquêter sur le phénomène du châtiment corporel commis contre l’enfant et les moyens de «sensibilisation aux risques et séquelles» de cette pratique.
On ignore pour l’instant le plan d’action adopté par ce groupe, notamment dans la collecte de l’information dans des milieux (familiaux) qu’il est difficile d’obtenir sauf en cas de châtiment aux conséquences graves sur la santé et l’intégrité physique de l’enfant. La ministre s’est dit «confiante» quant aux capacités des membres du groupe à formuler des propositions et recommandations pratiques, pour une meilleure compréhension des causes et dimensions de ce phénomène.
«En dépit des efforts consentis visant à venir à bout de ce fléau, a indiqué Mme Eddalia, nous continuons malheureusement à enregistrer des cas de châtiments corporels pratiqués sur les enfants, ce qui nous interpelle, de toute urgence, pour mettre en branle les dispositifs d’alerte à l’intérieur des établissements officiels et des instances de socialisation, en vue de repérer les cas de châtiments corporels, les étudier, les prendre en charge et de soulager les victimes.»
La ministre de la Solidarité a reconnu «qu’il est difficile d’obtenir des chiffres exacts, car le phénomène est pratiqué en milieu fermé à l’abri des regards». Mais pas uniquement, puisqu’on continue à recenser des cas d’agressions physiques sur les enfants en milieu scolaire également. «Même si la violence est exercée sur un seul enfant, nous devons œuvrer, par tous les moyens, en vue de l’éradiquer et se mobiliser pour empêcher qu’elle ne devienne un comportement banal et répandu», a-t-elle ajouté.
Après avoir rappelé l’instauration du Prix national de la meilleure création numérique dédiée aux enfants, lancé par son secteur en 2018 pour sensibiliser aux dangers auxquels sont exposés les enfants, notamment sur la Toile, Mme Eddalia a souligné qu’un intérêt particulier est accordé aujourd’hui au phénomène des châtiments corporels sur les enfants, tant au niveau national qu’international. Et d’ajouter que ce phénomène est condamné dans toutes les sociétés.
En ce qui concerne le projet de création du Parlement de l’enfant, elle a saisi l’occasion pour indiquer que sa concrétisation interviendrait en 2020 et «permettra à tous les enfants algériens d’exprimer leurs opinions, de faire part de leurs aspirations».
Pour sa part le représentant du bureau du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), Marc Lucet, a salué la démarche des autorités algériennes pour lutter contre ce phénomène, appelant à continuer à sensibiliser les parents et les parties concernées au sein de la société à la nécessité de bannir le châtiment corporel et à privilégier des méthodes de discipline alternatives.
L’article 72 de la Constitution dispose que «la famille, la société et l’Etat protègent les droits de l’enfant». La loi du 15 juillet 2015 relative à la protection de l’enfant permet à l’enfant de bénéficier de différents mécanismes et mesures de protection à caractère social et judiciaire, à travers l’adaptation de la législation nationale aux conventions internationales ratifiées par l’Algérie. Parmi ces mécanismes, il y a lieu de citer le signalement via le numéro vert «11 11» de toute forme de danger et d’atteinte aux droits de l’enfant, considéré comme le mécanisme le plus important pour assurer à l’enfant une protection effective et à temps.
A l’ouverture hier d’un séminaire international sur «l’importance du signalement dans la protection de l’enfant en danger», la déléguée à l’enfance, Meriem Cherfi, a évoqué «l’Organe national de la protection et de la promotion de l’enfance», placé auprès du Premier ministre et présidé par le délégué national à la protection de l’enfance, qui a été créé en vertu de la loi 2015.