Les Algériens sont frileux à contracter des contrats d’assurances contre les catastrophes majeures, a révélé, hier, le directeur de recherche, délégué national aux risques majeurs auprès du ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, Hamid Afra. Il a affirmé que seuls 10 % des Algériens ont des contrats d’assurances contre ce type de risques et la plupart d’entre eux sont réservés aux transactions commerciales.

Par Sihem Bounabi
Intervenant sur les ondes de la Chaîne I de la Radio algérienne, il estime que la culture algérienne de l’assurance contre les catastrophes est absente, bien que la loi de 2003 oblige les citoyens à s’assurer. Par conséquent, le budget annuel moyen consacré par l’Etat en termes d’intervention, réparation des pertes et d’indemnisations des citoyens sinistrés lors de catastrophes majeures s’élève en moyenne à 34 milliards de dinars par années. Hamid Afra déclare, toutefois, que ces sommes seraient moins importantes si l’Etat prenait en charge gratuitement 50% de l’assurance de six millions de ménages. Il affirme à ce sujet que «la moitié des dépenses serait économisée, puisque 50% restants aurait été pris en charge par les compagnies d’assurances».
Mettant en exergue l’importance de la mise ne place d’une stratégie nationale basée sur la prévention et la prospective, il a expliqué que la conférence nationale qui s’est clôturée, hier en fin de journée à Alger, après deux jours de travaux, vise à développer une stratégie nationale de prévention et de gestion des risques. Il insiste sur le fait que les discussions les plus importantes du premier jour ont porté sur la manière dont la stratégie s’adapte aux nouvelles données et trouve des solutions aux nombreuses carences de la politique nationale pour la gestion des catastrophes, notamment concernant le volet juridique. Il a également mis en exergue l’importance de coordonner les efforts des différents secteurs impliqués dans cette stratégie de gestion des risques de catastrophes avec la mise en place de quatre étapes cruciales pour cette stratégie de la gestion des risques, qui sont la prévention, la prospective, l’intervention et la réparation pour le retour à une situation sereine.
Le délégué national aux risques majeurs auprès du ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire s’est désolé que, par le passé, la prospective et la prévention ont été abandonnées au profit de la phase d’intervention. L’Etat algérien a, en effet, privilégié la démarche d’investir dans l’intervention contre les catastrophes au détriment de la prévention et de la prospective qui permettent d’anticiper sur les risques majeurs de ces catastrophes. Hamid Afra souligne que cette politique d’intervention «coûte au Trésor public environ 34 milliards de dinars annuellement, alors que beaucoup de cet argent aurait pu être économisé si les risques avaient été anticipés en mettant en œuvre la phase de prospective». Il insiste sur l’intérêt d’études préalables pour prévenir et anticiper les risques de catastrophes, en martelant que la prévention coûte beaucoup moins chère que l’intervention. Il illustre ses propos en assurant qu’ «un dinar investi dans la prévention permet d’économiser 4 dinars d’intervention».
A ce titre, il a cité trois principaux risques majeurs qui pèsent sur le pays, à savoir les inondations, les séismes et les feux de forêt qui, en plus de milliers de morts et blessés, engendrent des pertes économiques colossales.
Prenant l’exemple des pertes causées par les incendies de forêt. Elles pourraient être minimisées avec la mise en place de moyens adéquats en faisant appel aux compétences locales pour économiser les coûts de prévention. Il appelle ainsi à encourager l’innovation et la recherche dans ce domaine. Afin de renforcer ces propos, il affirme que le coût d’acquisition d’un drone d’alerte et de surveillance des feux de forêt est de 70 millions de dinars alors que son coût de production au niveau local ne dépasserait pas 10 millions de dinars.

L’urgence de promulguer les textes d’application de la loi de 2004
Hamid Afra a également soulevé l’urgence de la promulgation des textes d’application de la loi 2004 relative à la prévention des risques majeurs et à la gestion des catastrophes. Il se désole ainsi que «sur les 35 textes d’application prévus par cette loi, 4 textes seulement ont été promulgués». Il souligne à ce sujet que les textes d’application permettraient de définir les responsabilités de chacun et d’instaurer une politique de prévention et de prévision effective contre les risques majeurs. Il rappelle que la loi 2004 a classifié 10 risques majeurs principaux dont celui relatif aux risques climatiques qui se subdivisent en 6 autres risques majeurs. Il précise qu’«au total,15 risques, dont les feux de forêt, les séismes, les risques industriels et les risques touchant à la santé humaine», enchaînant que «chaque risque devrait en principe disposer d’un plan d’intervention».