Les informations ayant circulé ces derniers jours attribuant à un procureur de la Cour de Blida des propos attentatoires contre la mémoire d’Abane Ramdane sont infondées, a réagi lundi le Parquet général de la même Cour. « Aucun propos attentatoire aux symboles de la Révolution de libération ni à la personne du chahid Abane Ramdane n’ont été tenus de la part du représentant du ministère public », a indiqué le même Parquet dans un communiqué. « Le Parquet général de la Cour de Blida informe l’opinion publique qu’il tient à démentir toutes les informations relayées par certains médias privés, certains sites et réseaux sociaux concernant le procès du nommée H. H. qui s’est déroulé au tribunal de Larbaâ (Blida) le 20 février en cours », précise le même communiqué. « Après investigations sur le déroulement de ce procès, il s’est avéré que le représentant du ministère public, lors de l’audience en question, n’a tenu aucun propos susceptible de porter atteinte aux symboles de la Révolution de libération ni à l’encontre du chahid Abane Ramdane », a ajouté le communiqué.
Au cours de cette audience, le représentant du ministère public s’est employé, dans son réquisitoire, à mettre en évidence, conformément à ses prérogatives, les éléments du crime pour lequel est poursuivi le mis en cause, ajoute-t-on de même source. Cette dernière conclut en soulignant que
« contrairement à ce qui a été relayé, le tribunal s’est retiré, au terme des plaidoiries, pour délibérer et non pas en raison d’une urgence quelconque qui aurait pu avoir lieu entre le représentant du ministère public et la défense de l’accusé ». Des médias ont, en effet, rapporté l’information selon laquelle le Procureur a déclaré, lors d’une plénière où un jeune manifestant a été jugé, que Abane Ramdane «était le premier à avoir violé le principe de la primauté de l’intérieur sur l’extérieur, puisqu’il avait fui en Tunisie». Ce à quoi la famille d’Abane n’a pas tardé à réagir. Pour Belaïd Abane, professeur en médecine et auteur de plusieurs ouvrages sur Abane Ramdane,
« cet individu ne sait pas de quoi il parle. Outre qu’il a outrepassé les règles du devoir de réserve que lui impose sa fonction, il parle à partir d’une position idéologique bien connue… ». Pour sa part, le Dr Kamel Daoudi, premier vice-président de l’Association pour l’histoire et la mémoire, a estimé que «vraisemblablement, le cas du directeur de la culture de M’sila n’a pas servi de leçon à ces commis de l’Etat, qui pensent pouvoir attenter à la mémoire d’Abane impunément».
C’est d’ailleurs cette succession de discours haineux, notamment sur les réseaux sociaux, qui a contraint les pouvoirs publics à élaborer un avant-projet de loi relatif à la prévention et à la lutte contre la discrimination et le discours de haine, un texte qui a été adopté en réunion du Conseil des ministres tenue dimanche dernier. L’avant-projet énonce notamment « l’élaboration d’une stratégie nationale de prévention contre les crimes de discrimination et le discours de haine, avec l’association de la société civile et du secteur privé à sa préparation et à sa mise en œuvre, en sus de la mise en place de programmes d’enseignement en vue de la sensibilisation, la diffusion de la culture des droits de l’Homme, de l’égalité, de la tolérance et du dialogue ».
Le texte définit par ailleurs le champ d’action de la protection des victimes de ces actes criminels et confère aux associations nationales des droits de l’Homme le droit de déposer plainte auprès des juridictions compétentes et de se constituer partie civile. Comme il prévoit la création d’un Observatoire national de prévention contre la discrimination et le discours de haine, placé auprès du Président de la République.