La hausse régulière des contaminations au nouveau coronavirus (Covid-19) en Algérie depuis notamment la propagation du sous-variant d’Omicron BA5 dicte la plus haute vigilance. Même si pour l’heure l’inquiétude n’est pas ouvertement exprimée, il n’en demeure pas moins que des instructions ont été données pour le retour dans les hôpitaux aux mesures anti-Covid et la mobilisation du personnel soignant.

Ce qui renseigne sur l’appréhension d’un retour aux situations épidémiques précédentes, d’autant que les gestes barrières et autres mesures de prévention sont totalement abandonnés et que l’OMS lance une nouvelle alerte. Hier, l’Algérie a enregistré 55 nouveaux cas confirmés et 3 malades en soins intensifs.
C’est dans ce contexte que le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, ainsi que le directeur général de l’Institut Pasteur Algérie, Fawzi Derrar, se sont exprimés hier. M. Benbouzid a déclaré que «la situation épidémiologique actuelle n’est pas particulièrement inquiétante, au plus haut degré, malgré un retour à la hausse du nombre des cas de Covid-19 et aussi comparativement à certains pays où l’épidémie s’est propagée». Il a, toutefois, nuancé son propos en ajoutant qu’«étant donné la gravité de cette pandémie et tout ce que nous avons connu, l’inquiétude est en nous aussi».
Le nombre actuel des contaminations ne prête pas à l’alarmisme mais la forte vitesse de propagation soulignée pour le BA5 exige d’être en alerte et de ne pas se laisser prendre de court. C’est ainsi que le ministre a indiqué avoir instruit les responsables du secteur de la santé au niveau de toutes les wilayas pour commencer à préparer le personnel médical et les services hospitaliers en prévision d’une augmentation du nombre des contaminations et d’une éventuelle nouvelle vague.
Faisant savoir que les cas sont enregistrés dans quelques wilayas comme Ouargla, Oran, Sétif, il a indiqué qu’il n’y a qu’un seul malade sous respiration artificielle et un seul autre en réanimation. Tous les autres sont des malades hospitalisés. «On est à peu près à 110 ou 115 malades dans tout le pays, dont une vingtaine à Alger, ce qui est n’est pas particulièrement inquiétant», a-t-il affirmé avant de préciser : «Si je dis que ce n’est pas inquiétant, c’est parce que je tiens compte des chiffres d’aujourd’hui. Mais nous nous projetons dans l’avenir. J’ai demandé aux directeurs de la santé de l’ensemble des wilayas de reprendre le dispositif Covid, non pas de le mettre en œuvre maintenant pour ne pas créer de l’angoisse, mais de repréparer ce dispositif au cas où les chiffres montent. A ce moment-là, on va ouvrir les services destinés au Covid, mobiliser les équipes et tout le dispositif qui sera mis en place.»
Cette mise en alerte fait également suite à ce qui se passe ailleurs dans le monde et que l’Algérie prend «en considération» étant donné qu’«il s’agit d’une pandémie», dans le sens où, généralement, une vague qui commence ailleurs finit par arriver chez nous. Cela d’autant que l’été est une période marquée par une forte mobilité des personnes. «Nous avons ouvert nos frontières terrestres et c’est l’été, une période durant laquelle il y a beaucoup de déplacements, beaucoup de personnes qui partent en vacances et qui vont peut-être revenir avec le virus. Il y a aussi, peut-être, beaucoup de personnes qui rentrent au pays pour les vacances et qui sont porteuses du virus», a argumenté Benbouzid pour expliquer qu’il s’agit de rester en veille continue en cette période où il y a risque de propagation. «C’est une saison, je ne veux pas dire de toutes les peurs mais de mobilisation. Nous ne prenons pas de congé et nous restons dans un état de vigilance accrue», a-t-il souligné.

«Le virus ne disparaîtra pas de sitôt»

Revenant au sous-variant BA5, le ministre de la Santé, tout en réitérant qu’il est répandu dans le monde et qu’il a gagné certains wilayas algériennes, a estimé qu’il n’est pas dangereux tout en signalant qu’il n’y a pas eu un seul cas de décès en Algérie depuis des mois.
De son côté, le directeur général de l’Institut Pasteur Algérie (IPA), Fawzi Derrar, a, lui aussi, mis en garde contre un retour de l’épidémie de Covid-19 dans le pays, affirmant que «le virus n’a pas disparu et ne disparaîtra pas de sitôt», se référant aux publications de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Il était prévu que des variants d’Omicron apparaissent, a-t-il affirmé dans une déclaration à la radio régionale de Sétif, soulignant que c’est ce qui s’est effectivement produit et que c’est en juin qu’il a commencé à se propager. Il n’a pas omis de relever que le BA5 a trouvé devant lui «un environnement propice» pour sa propagation, caractérisé par l’abandon total des mesures préventives et des gestes barrières, comme le port du masque, la distanciation physique et le lavage fréquent des mains.
Voulant sensibiliser un peu plus, il n’a pas manqué de rappeler que l’émergence de sous-variants en Afrique australe, au Portugal et dans les pays européens a rapidement dépassé la souche mère en janvier dernier, non sans remettre en cause également certaines attitudes, comme le fait que de nombreuses personnes malades ne vont pas consulter et ne font pas les tests PCR. Selon le DG de l’IPA, «BA5 se propage rapidement dans le monde et dans notre pays en l’absence d’une absence quasi-totale des mesures de protection». Il a mis en évidence que «les jeunes sont plus immunisés contre le virus qui représente, cependant, un danger pour les groupes vulnérables, en particulier les personnes âgées et les personnes atteintes de maladies chroniques». Le BA5 n’est «pas plus dangereux que ses prédécesseurs», a-t-il noté, mais «il se propage plus rapidement et les chances d’atteindre des cas graves pour ces groupes sont plus fortes qu’auparavant».
Donnant de plus amples explications, il a indiqué que généralement, le virus ne se propage pas très vite en été, mais sa propagation devient plus forte en automne et en hiver. «Par conséquent, nous conseillons la vaccination pour nous protéger de ce qui est à venir, en particulier pour les groupes vulnérables d’adultes et de malades», a-t-il préconisé. Toute personne qui a été vaccinée il y a 6 mois peut améliorer son immunité avec une nouvelle dose, cela d’autant que le vaccin est «disponible en quantités suffisantes dans toutes les wilayas». Le stock de vaccins est disponible jusqu’à fin 2023, a-t-il fait savoir. Les mises en garde ont également été émises par les praticiens de Sétif et de Constantine, qui ont réaffirmé la nécessité d’observer la plus haute vigilance durant les regroupements aux fêtes de mariage, à la plage, dans les universités en cette période des inscriptions, etc. C’est dire que tous sont d’accord pour soutenir que la vigilance doit rester de mise. Selon l’OMS, les cas de Covid-19 ont triplé en Europe et les hospitalisations ont doublé au cours des six dernières semaines.