Par Sihem Bounabi
Face à la psychose qui gagne de plus en plus les Algériens suite à la propagation, en Europe et la détection en France, de cas de contamination à la variole du singe ou «Monkey ponks», Dr Mohamed Yousfi, infectiologue et président de la Société algérienne d’infectiologie, tient à les rassurer et les invite à ne pas succomber à la panique. Affirmant qu’ «elle est connue depuis plus de 70 ans en Afrique centrale et tropicale et surtout dans les régions humides», ajoutant qu’ «il y a toujours eu des cas et même pendant la pandémie de la Covid, où il y avait des épidémies mais limitées à ces pays. Toutefois, le mode de prévention contre la maladie est connu et même s’il n’existe pas de traitement, il y a possibilité en cas d’une forte augmentation de cas d’utiliser le vaccin antivariolique qui est efficace à 85%».
Concernant le mode de transmission de la variole du singe, il explique que dans la majorité des cas elle se fait de l’animal à l’humain, en précisant «à travers le contact avec des singes et des rongeurs, où le contact avec la sécrétion de ces animaux ainsi que la consommation de leur viande».
Dr Mohamed Yousfi tient à souligner que la contamination interhumaine est rare et plus faible. Cela est due essentiellement à travers les sécrétions, que ce soit la salive ou celles des éruptions cutanées ainsi que les sécrétions génitales, et par voie aérienne. Mais la transmission est très faible d’humain à humain».
Concernant l’apparition d’une centaine de cas à travers le monde, confirmée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le président de la Société algérienne d’infectiologie commente : «Ce qui est nouveau, c’est l’apparition simultanée de plusieurs cas dans différents pays et continents. La question que se pose aujourd’hui les scientifiques, est-ce que cela est lié à l’ouverture des frontières, large et rapide, après presque trois ans de fermeture, puisque le premier cas détecté en Angleterre est en provenance d’un pays à risque». Il enchaîne que «cela reste une hypothèse pour le moment, d’autant plus que plusieurs cas détectés dans d’autres pays, tel que celui détecté en France, n’avait pas voyagé dans ces pays d’Afrique où il y avait un risque d’attraper la variole du singe».
Il précise toutefois que cela n’est pas très surprenant pour les infectiologues qui avaient alerté à maintes reprise qu’«avec le chamboulement climatique et l’évolution des bactéries et virus, il ne faut pas s’étonner d’avoir des épidémies pour les prochaines années avec beaucoup de choses surprenantes surtout concernant les épidémies virales».
Concernant la gravité de la maladie, Dr Mohamed Yousfi explique que cela dépend du variant de la variole du singe, en précisant que «le variant de l’ouest de l’Afrique est mortel à 1%. Par contre, le variant de l’Afrique centrale enregistre 10% de mortalités».
II ajoute qu’en l’absence d’un traitement efficace, il est préconisé au cas où des cas sont détectés en Algérie de respecter certaines mesures de prévention que les Algériens connaissent déjà. En l’occurrence, le port du masque, le lavage fréquent des mains et d’éviter tout contact avec une personne contaminée surtout s’il y a éruption cutanée. Il souligne également que dans le cas d’une forte augmentation de personnes contaminées, la prévention pourrait également être élargie par la vaccination avec le vaccin classique contre la variole qui serait efficace à 85% des cas de contamination à la variole du singe.
Le président de la Société algérienne d’infectiologie lance également un appel aux autorités sanitaires pour anticiper tout risque de propagation du virus en Algérie, en soulignant que «pour l’instant, il n’y a aucun cas déclaré, mais il y a urgence pour que le ministère de la Santé mette en place un dispositif afin que les professionnel de la santé sachent comment réagir et quelles sont les mesures préventives à prendre au cas où il y aurait des cas en Algérie de variole du singe».

Appel à mettre en place un dispositif d’anticipation
Plusieurs pays européens ont déjà mis en place des mesures pour éviter la propagation du virus. Les autorités sanitaires du Portugal et de l’Espagne ont ainsi déclenché une alerte sanitaire nationale. L’Italie a indiqué que la situation était sous surveillance constante et les autorités suédoises enquêtent désormais avec les centres régionaux de contrôle infectieux pour savoir s’il y a davantage de cas. L’Espagne a décidé d’anticiper en annonçant, jeudi dernier, se préparer à l’achat de milliers de vaccins antivarioliques, normalement destinés à lutter contre la variole, maladie d’une extrême gravité que l’OMS avait déclarée éradiquée en 1980.
Une anticipation en diapason avec la crainte de l’OMS de l’accélération de la propagation du virus durant cette saison estivale, marquée par les voyages et les rassemblements lors de festivals ou de soirées, tel que l’a affirmé le directeur de l’OMS pour l’Europe, Hans Kluge.
Le virus de la variole du singe a été découvert pour la première fois chez des singes en 1958, d’où son nom. La maladie se manifeste dans une première phase par de la fièvre, des maux de tête, des douleurs articulaires et musculaires, des ganglions enflés et de la fatigue. Dans un deuxième temps survient une éruption cutanée avec l’arrivée de boutons ou de cloques au bout de quelques jours, sur le visage puis les extrémités et les muqueuses (bouche et région génitale), des pustules contenant du liquide qui finissent par se décoller et par tomber en laissant des cicatrices.
De plus en plus de scientifiques émettent l’hypothèse de la transmission sexuelle du virus, ce qui expliquerait l’augmentation des cas. David Heyman, épidémiologiste américain, spécialiste des maladies infectieuses et expert en santé publique, travaillant pour l’OMS, déclare ainsi que «le virus semble actuellement se transmettre comme une infection sexuellement transmissible, ce qui a décuplé sa transmission autour du monde». Quant à l’OMS, elle explique les comportements qui peuvent favoriser la diffusion du virus. «Selon les informations dont nous disposons, les transmissions d’homme à homme se produisent parmi les personnes ayant des contacts physiques étroits avec des personnes infectées et présentant des symptômes.»