Avec la barre des 600 cas d’infections par jour au coronavirus franchie samedi, l’inquiétude ne fait que grandir. Les appels récurrents à une plus grande vigilance se font entendre tous les jours également. Les derniers bilans quotidiens font ressortir qu’aucune région n’est épargnée puisqu’on retrouve les contaminations en hausse dans pratiquement toutes les régions du pays d’Est en Ouest et du Nord au Sud.

Il y a, certes, des jours où des wilayas enregistrent zéro cas, mais «cela ne dure pas» car, selon les médecins, «elles attendent les résultats des analyses qui, parfois, tardent à venir pour différentes raisons». D’où, selon eux, «le zéro cas par jour n’est pas très significatif, car un jour c’est zéro cas et le lendemain c’est 10 cas, parfois plus». Or «il faut au moins une semaine pour pouvoir dire qu’il y a réellement une baisse des cas dans une wilaya donnée», estiment-ils.
Mais force est de constater que certaines wilayas restent en haut du tableau et gardent les dix premières places d’infection au Covid-19 qui semble y avoir trouvé un terrain fertile et continuer de se propager à une vitesse largement supérieure à celle des premiers temps. Il s’agit des wilayas d’Alger avec un total de 2.207 de cas confirmés, Blida (2.112 cas), Sétif (2.112 cas), Oran (1.660), Constantine (845), Batna (791), Ouargla (728), Tipasa (693), Biskra (583) et Béjaia (574).
Mais pas seulement, car il y a également la wilaya de Djelfa (521 cas) qui vient juste après, à la onzième place, et qui a enregistré 47 nouveaux cas pour la seule journée de samedi. D’ailleurs, il est utile de noter que cette wilaya qui connait de plus en plus de cas a contraint le wali à prendre des mesures supplémentaires, dont celle en vigueur depuis hier et consistant à retirer des autorisations de circuler durant les horaires de couvre-feu après avoir constaté des agissements favorisant la propagation du coronavirus. Il y a également Tiaret qui totalise 451 cas avec 28 cas samedi, ainsi que M’sila (411 cas, 25 cas samedi). Ainsi, le nouveau coronavirus continue de se propager dans le pays en dépit de toutes les mesures prises et des nombreuses alertes, notamment celles des médecins qui ne cachent plus leur désarroi face à cette situation qui semble inextricable.
Pour les causes de ces chiffres qui se maintiennent à la hausse, la première que citent les médecins est «le non-respect des mesures de prévention comme il se doit» en plus de «l’augmentation des centres de dépistage qui sont aujourd’hui une trentaine contre le seul laboratoire de l’Institut Pasteur au début de la pandémie». «Dans notre métier de médecin, quand nous devons traiter une maladie, après le diagnostic, nous devons d’abord éliminer la ou les causes de cette maladie», nous a déclaré un épidémiologiste qui fait le parallèle avec la situation de la pandémie du coronavirus. Pour lui, la cause de sa continuelle propagation réside dans le non-respect des gestes barrières. «Au risque de me répéter et de dire ce que nous cessons de dire depuis près de cinq mois maintenant, sans respect des mesures de prévention, sans respect du port du masque, de la distanciation physique et de l’hygiène des mains, le virus ne trouve pas de barrière et, donc, se transmet d’un individu à un autre». Cet épidémiologiste se dit pour «une plus grande sensibilisation de la population» car «c’est la population qui a un grand rôle à jouer et peut massivement aider». Il donne l’exemple en citant un autre cas de maladie pour que «tout le monde puisse saisir le sens lorsque nous parlons de causes d’une maladie».
«S’adresser au citoyen dans un langage qu’il comprend»
«Par exemple, quand un malade a une infection pulmonaire due au tabagisme, nous lui demandons d’abord d’arrêter de fumer. C’est absolument nécessaire et primordial, sinon aucun moyen de traitement ne saurait être efficace. Il faut trouver la cause de la maladie pour pouvoir la traiter efficacement. Pour ce qui se passe actuellement, dans le cas du coronavirus, nous savons que sa transmission est due à l’homme. C’est pourquoi nous demandons d’abord agir sur l’homme, lui recommander de prendre ses précautions afin de ne pas être atteint ou, du moins, minimiser le risque d’infection au Covid-19. C’est la mesure la plus conseillée et la condition sine qua non si on veut faire baisser le nombre de personnes atteintes». «On peut donc traiter ce malade, mais à condition qu’il nous aide lui aussi à le traiter», explique-t-il encore pour que son message soit «accessible à une plus large partie de la population».
Notre interlocuteur estime qu’«il ne faut pas baisser les bras» et qu’«il faut tenter de communiquer avec le citoyen en usant d’un langage qui lui soit familier et qu’il puisse comprendre et non en lui parlant dans un langage exclusivement médical». Toutefois, il déplore la situation à laquelle se trouve confrontée la corporation à laquelle il appartient en reconnaissant «la situation de fatigue générale, aussi bien physique que morale après plusieurs mois de pression».
A la question de savoir si la méthode de confinement-déconfinement-reconfinement est efficace, cet épidémiologiste a relevé qu’en l’absence de respect des mesures de prévention, il ne semble que c’est la seule solution qui puisse contribuer à faire baisser les contaminations. «Que peut-on proposer d’autre ?», se demande-t-il, avant de répondre : «On aimerait bien trouver une solution plus efficace, mais jusqu’à présent, c’est la seule solution. C’est ce que font, d’ailleurs, les autres pays à travers le monde entier». Mais le mieux, poursuit-il, c’est que «nos concitoyens prennent conscience et comprennent que si nous répétons tous les jours la même chose, à savoir porter un masque surtout, c’est pour que nous puissions tous en finir avec cette pandémie» de coronavirus qui «nous complique la vie chaque jour un peu plus à tous, à eux, simples citoyens, comme à nous, corps médical», conclut-il.