Par Hakim Ould Mohamed
Le plus grand négociant indépendant en pétrole au monde, Vitol, a indiqué, hier, que les prix du brut, déjà en hausse de plus de 10% cette année, pourraient augmenter encore plus en raison de l’offre tendue. «Ces prix sont justifiés», a déclaré, hier, Mike Muller, responsable de Vitol Group pour l’Asie. Le pétrole a enregistré un quatrième gain consécutif la semaine dernière, sa plus longue séquence de hausse depuis octobre 2021, alors que des signes indiquent que la consommation se maintiendra malgré la propagation du variant omicron du coronavirus. Dans le même temps, les capacités inutilisées diminuent, alors que certains des plus grands producteurs mondiaux peinent à augmenter leur production. La hausse des prix sur les contrats à terme est un signe on ne peut plus clair d’une offre qui se resserre de plus en plus. Le Brent a bondi de 11 % cette année à plus de 86 dollars le baril, prolongeant le gain de 50 % de l’an dernier. Mike Muller a déclaré que si les prix du gaz naturel ont suffisamment augmenté pour inciter certains utilisateurs industriels – notamment au Pakistan et en Europe – à réduire leur consommation, le marché du pétrole n’a pas atteint ce point. Si les prix venaient à connaitre de nouveaux mouvements haussiers, les pays consommateurs ne resteraient pas les bras croiser. Le patron de Vitol pour l’Asie s’attend à ce que la Maison-Blanche libère plus de pétrole de sa réserve stratégique que les 50 millions de barils annoncés en novembre. Le président Joe Biden a pris cette mesure afin d’atténuer l’impact de la hausse des prix sur ceux des carburants qui sont à peu près à leur plus haut niveau en sept ans aux États-Unis. La prestigieuse banque américaine Goldman Sachs s’attend, elle aussi, à ce que les marchés des matières premières restent compétitifs 2022 ; le responsable de la recherche sur les matières premières de Goldman Sachs, Jeffrey Currie, indiquant que nous ne sommes qu’aux premières manches d’un supercycle des matières premières d’une décennie, prévoyant que les prix du pétrole et des métaux devraient rester «incroyablement haussiers». Selon l’analyste, la demande au pétrole accuse actuellement un déficit de 2%, alors que les stocks sont d’environ 5% en dessous de leur moyenne des cinq dernières années. Ces pronostics quant à une tendance qui devrait être résolument haussière est une opportunité pour l’Algérie, troisième producteur africain de pétrole de par le volume, pour rétablir durablement la viabilité de ses comptes publics. Le pays a clôturé l’année 2021 avec le retour à l’excédent de la balance commerciale et une nette réduction du déficit du compte courant, laquelle situation a aidé à une stabilisation des réserves internationales en devises. L’envolée des cours pétroliers mondiaux qui a marqué le précédent exercice a contribué grandement au financement des dépenses de cette année, calculées à la hausse dans la loi de finances 2020 afin de soutenir le retour de la croissance. Tout en révisant à la hausse l’investissement budgétaire qui, forcément, devrait contribuer à la hausse du PIB hors hydrocarbures et panser les stigmates du Covid-19 qui a mis à genoux bien de secteurs, le gouvernement devrait mettre à profit la hausse des prix du pétrole afin d’accélérer les réformes économiques et les ajustements budgétaires nécessaires pour rétablir durablement la viabilité de la balance des paiements. La loi budgétaire de l’actuel exercice a jeté les jalons d’une réforme, redonnant à la rationalisation des dépenses et à l’assainissement des finances publiques leurs lettres de noblesse. Cette réforme inclut l’assainissement des comptes d’affectation spécial (CAS) qui entre dans le cadre «d’une meilleure transparence dans le financement des politiques publiques». Il s’agit également, entre autres chapitres de réformes budgétaires, des mesures de ciblage des subventions introduites dans la loi de finances 2022. Pour ne citer que ces pistes de travail envisagées par le gouvernement, la hausse des prix du pétrole ne devrait pas occulter, comme ce fut le cas par le passé, le besoin de réforme, mais doit être une opportunité pour l’accélération du processus afin d’affranchir le pays de sa dépendance permanente des hydrocarbures.