Les initiatives en matière de création de start-up se sont multipliées, ces dernières années. Projet du Pnud, programmes Elip, Indjaz, initiatives des opérateurs mobiles à l’instar d’Oredoo, de banques comme Société Générale Algérie, mais elles n’ont pas eu un grand impact sur le développement des start-up en Algérie. En un mot, ces programmes n’ont pas permis d’atteindre la taille critique de start-up, c’est-à-dire un grand nombre susceptible de contribuer à une croissance forte de l’économie nationale, à une amélioration des services destinés à la population, à l’émergence d’une industrie du contenu dans le secteur des nouvelles technologies de l’information et de la communication. La scène économique nationale a enregistré plutôt un éparpillement des actions engagées dans ce domaine, sans véritable chef d’orchestre permettant de donner plus de cohérence aux différents projets engagés sur le terrain, permettant d’assurer le suivi et de tirer les leçons des expériences depuis 2009. L’année qui correspond aux premières initiatives en la matière, notamment l’Algerian Start-up Initiative, lancé par des Algériens qui ont activé à la Silicon Valley. Plus de dix ans après, l’Algérie n’a pas encore de véritable écosystème favorable à la création de start-ups. Résultat des courses, notre pays n’a pas encore un tissu important de start-ups pouvant influer positivement sur l’évolution de l’économie nationale.

Comment en est-on arrivé à cette situation ?
Premier constat, ce dossier n’a pas été pris en charge sérieusement par les gouvernements qui se sont succédé ces dix dernières années, la création de start-ups et leur développement ne constituaient pas une préoccupation de nos gouvernants. Les premiers groupes de jeunes entrepreneurs se sont heurtés à maintes difficultés sur la voie de la création de leur start-up, le financement, l’encadrement et l’accompagnement. L’exemple le plus significatif des freins au développement des start-ups est sans conteste celui de l’incubateur de Sidi Abdallah, dont le bilan reste bien maigre en matière de création de start-up durant ces cinq dernières années, en dépit de la bonne volonté des gestionnaires de cette infrastructure. L’incubateur de Sidi Abdallah a connu des problèmes de gestion qui expliquent ce résultat, en particulier le choix guère judicieux à une période donnée de responsables au Cyberparc de Sidi Abdallah », confie un ancien cadre de ce parc technologique.
Mais il faut reconnaître que ces résultats modestes en termes de création de start-up sont également due à l’implication insuffisante des organisations patronales, au premier chef le Forum des chefs d’entreprise en dépit de la création d’une branche Jil FCE au sein de cette organisation patronale. Les opérateurs, en particulier les grandes entreprises publiques et privées, auraient pu accompagner le développement de ces start-up soit en les encadrant soit en les finançant. Ce ne fut à quelques exceptions pas le cas, d’où cette béance dans l’écosystème national dans le domaine des start-up. L’absence des business angels, ces investisseurs qui viennent coacher et financer la start-up. Qu’on revoit ces images où, en Europe, de grandes salles sont réservées aux rencontres B to B entre les jeunes promoteurs de start-up et les business angels. Les uns en présentant leur business plan doivent convaincre les investisseurs de la rentabilité de leur projet, leurs interlocuteurs apprécient la valeur du projet et décident s’ils jugent de son intérêt économique d’entrer dans le capital de cette petite entreprise.
Lors de la cérémonie de remise des récompenses Elip Awards Ceremony, organisée jeudi dernier, clôturant le programme Elip, un projet dédié aux étudiants algériens désirant créer leur start-up a enregistré la création de 24 start-up, 57 projets en maturation avancée et 160 en maturation. A l’issue du programme, Fatiha Rachedi, responsable du programme, a pointé du doigt l’absence en Algérie de ce modèle business angel. Elle a aussi rappelé que le financement de la start-up reste l’un des problèmes les plus importants dans le processus de leur création. Outre le manque de chef d’orchestre, se conjugue l’absence ou l’insuffisante de synergie entre les universités, les entreprises et les ministères concernés par le développement des start-up, l’Enseignement supérieur, l’Intérieur, des Finances, de l’Emploi, de la Poste et TIC, de l’Energie, de l’Environnement… Nous voyons là que ce dossier doit être traité en créant des passerelles entre ces différents acteurs dans l’écosystème national concernant les start-up.
La création d’un département ministériel par le Président de la République, dédié à ce dossier, assisté d’un secrétaire d’Etat chargé des start-up et d’un autre pour les incubateurs, constitue un pas positif. Tout comme une banque pour le financement des start-up. Reste à concevoir la feuille de route pour construire ou parachever la construction de cet écosystème catalyseur du développement des start-up en Algérie. Espérons que le Conseil des ministres, qui s’est tenu, hier, aura traité de manière approfondie cet écosystème. Nous en saurons sans doute davantage dans les prochains jours.