A la veille des réunions de l’Opep et l’Opep+, prévues respectivement les 9 et 10 juin pour évaluer l’impact des réductions en vigueur depuis le 1er mai dernier, l’organisation et son partenaire russe discutent d’une prolongation de ces réductions au-delà du 30 juin, échéance retenue par l’alliance pour la première phase de l’accord du 12 février.

Une phase qui, faut-il le rappeler, porte sur des coupes de 9,7 millions de barils par jour (mbj) pour les deux mois de mai et juin, alors que la seconde phase verra les restrictions baisser à 7,7 mbj pour le second semestre 2020, contre 5,8 mbj pour la troisième phase allant de janvier 2021 à avril 2022.
Mais l’Opep et son principal partenaire non membre veulent conserver au marché sa tendance haussière du mois de mai et assurer aux prix une stabilité durable. En ce sens, les deux parties se rapprochent même d’un compromis, a rapporté hier Reuters, citant trois sources de l’Opep+.
Toutefois, si compromis il y a, il permettra de prolonger la réduction de 9,7 mbj de deux mois, selon les vœux de la Russie, alors que de son côté, l’Arabie saoudite, souhaiterait un maintien de ces réductions jusqu’à la fin de l’année en cours, soit pour six mois supplémentaires.
Quelques jours après l’entrée en vigueur (1er mai) de l’accord historique de l’Opep+, le premier exportateur mondial de brut et chef de fil du cartel avait déjà annoncé des diminutions supplémentaires de sa production, avant d’être rapidement rejoint dans sa démarche par le Koweit et les Emirats arabes unis qui, à leur tour, avait fait savoir qu’ils allaient couper davantage des leurs offres respectives.
Mais, le géant saoudien, qui a payé chèrement les frais de sa guerre des prix lancée en avril contre la Russie, veut aller plus loin dans les réductions afin de s’assurer d’une rupture réelle avec les longues semaines d’effondrement du marché, sous l’impact de la pandémie de covid-19. D’où les manœuvres de Ryad pour atteindre ses objectifs de prolonger la réduction de mai et juin jusqu’à décembre prochain. Sauf que, jusqu’à hier en début d’après-midi, le Royaume n’avait toujours pas obtenu le consentement de la Russie, qui estime que les réductions de production pourraient être progressivement assouplies. « C’est pour un mois ou deux, pas pour un semestre », a, en effet, déclaré une source pétrolière russe sur la reconduction des réductions existantes, rapporte l’agence de presse britannique, alors qu’une autre source de l’alliance a déclaré qu’il y avait un soutien à la proposition de la Russie pour une extension d’un mois, mais « nous n’avons toujours pas de consensus à ce sujet », a-t-elle précisé. Les négociations dans le cadre de l’Opep+ se poursuivent, et, en plus de la prolongation de la réduction, elles portent sur un possible changement des dates retenues pour les deux réunions. Celles-ci pourraient être avancées au 4 juin (jeudi) à la demande formulée en ce sens par plusieurs pays, dont l’Algérie qui préside actuellement l’organisation. Dans un courrier cité par Reuters, le ministre de l’Energie, Mohamed Arkab, a déclaré ; samedi, s’être entretenu avec plusieurs ministres des pays membres du cartel dans l’objectif d’une réunion avancée d’une semaine. Ce qui permettrait de « faciliter les nominations ».
Le terme « nominations » est usagé par l’Arabie saoudite, mais aussi par l’Irak et le Koweït, pour allouer du pétrole brut à ses clients traditionnels en fonction de la demande, explique l’agence britannique, précisant que ces « nominations » se déroulent habituellement le 10 de chaque mois.
Prix : la hausse se poursuit
Sur les marchés, l’entame d’une nouvelle semaine, hier, coïncidait avec le début le 1er jour du second mois des réductions massives opérées par l’Opep+. Une bonne entame pour le Brent de la mer du Nord qui conserve sa tendance haussière affichée durant le mois de mai, et sur laquelle il avait clôturé vendredi.
En effet, la référence européenne améliorait hier ses gains, sous l’effet des coulisses de l’Opep+, et également sous l’impact bienfaisant de la reprise économique chinoise. A la mi-journée, le Brent pour livraison en août, dont c’est le premier jour d’utilisation comme contrat de référence, valait 37,88 dollars à la mi-journée, à Londres, progressant 0,11%.
Tendance inverse pour le baril américain West Texas Intermediate (WTI) qui amorçait la semaine en léger recul, et dont le prix de la livraison pour juillet s’affichait à 35,28 dollars à New York, en recul de 0,59%. Certains analystes du marché continuent à attribuer le regain de forme des prix du brut à la reprise de l’industrie manufacturière qui, relèvent-ils, contribuent à la reprise de la consommation.
L’activité manufacturière en Chine a en effet rebondi en mai grâce à la levée des restrictions due à l’épidémie de Covid-19, à 50,7 contre 49,4 en avril, selon le cabinet IHS Markit pour le groupe de médias Caixin.<