Le ministère de la Santé a décidé de prolonger d’une semaine la grande campagne nationale de vaccination anti-Covid-19 qui devra, cette fois-ci, être clôturée le 18 septembre prochain «au vu de la grande adhésion des citoyens» et des «résultats réalisés durant les premiers jours». C’est ce qu’a indiqué le ministère avant-hier dans un communiqué, alors que, pour sa part, le directeur général de l’Institut Pasteur d’Algérie (IPA) avait plutôt fait état d’un niveau d’adhésion à la campagne ne répondant pas à ce qui était souhaité.

PAR INES DALI
Des déclarations de médecins et directeurs de la santé et de la population (DSP) de plusieurs wilayas, en donnant une estimation des premiers jours de la campagne, font, eux aussi, état de résultats n’étant pas à la hauteur des objectifs tracés, tout en restant optimistes quant à la possibilité d’une meilleure adhésion les jours à venir. Il apparait qu’une certaine réticence persiste et, pour y remédier, il faudrait penser à une autre façon de faire, à «d’autres méthodes pour communiquer, sensibiliser et convaincre les citoyens», selon le Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins.
A titre d’exemple, la wilaya d’Oran enregistre une moyenne de vaccination de 7.000 personnes par jour depuis le début de la campagne nationale. «Même si les objectifs de la campagne qui tablaient sur 18.000 personnes par jour à vacciner n’ont pas été atteints, cette moyenne de 7.000 personnes par jour est considérée comme acceptable», a déclaré le chargé de communication de la DSP, Youcef Boukhari, faisant savoir qu’à Oran, d’une façon générale, ils ont dépassé les 510.000 vaccinés et qu’ils espèrent atteindre les 600.000 à la fin de la campagne.
Bouira est l’autre exemple où la vaccination demeure en-dessous des attentes. La DSP a indiqué, lundi, soit au troisième jour de la campagne, que près de 10.000 personnes ont été vaccinées contre la Covid-19 durant les deux premiers jours, tout en soulignant que «la campagne se déroule plutôt dans de bonnes conditions malgré le faible engouement enregistré dans certaines localités». Dans la wilaya de Tlemcen, on reste très loin du compte, puisque sur une population adulte à vacciner de 600.000 personnes, seules 120.000 sont vaccinées.
Ces exemples sont un échantillon de l’état de la vaccination lors de cette campagne nationale qu’on veut «grande» et à travers laquelle il est prévu de vacciner le maximum de personnes possible en cette rentrée sociale qui doit encore voir la reprise des bancs de l’école et la rentrée universitaire qui, elles aussi, posent problème puisque une partie – non déterminée – des travailleurs refusent de se faire vacciner.
Pour le Dr Bekkat Berkani, s’il est évident que la plupart de ceux qui sont partis se faire vacciner sont les personnes âgées et celles ayant des maladies chroniques, donc des gens qui ont peur de la maladie, il reste que le problème est de convaincre ceux qui restent réticents, notamment parmi les jeunes, des bienfaits de la vaccination afin qu’ils y adhèrent à leur tour. «Je pense que faire une campagne de vaccination pour vacciner le maximum de personnes en peu de temps est bien, c’est très intéressant sur le plan épidémiologique car cela permet de réaliser rapidement une barrière à l’extension du virus, surtout que nous sommes en phase de descente de la troisième vague. Mais dans l’organisation, il aurait fallu réfléchir un peu plus longuement», a estimé Dr Berkani dans une déclaration à Reporters. Il a expliqué que ce ne sont pas les affiches qui persuaderont les gens à aller se faire vacciner, mais une approche un peu «plus élaborée».

Ce que préconise Dr Bekkat Berkani
«La préparation psychologique des citoyens, l’organisation de la campagne mais aussi la communication auraient dues être un peu plus élaborées», a-t-il estimé, préconisant que sur les différents supports médias, «notamment la radio nationale et les différentes chaines de télévision, on aurait dû faire intervenir des gens qui sont représentatifs de la société algérienne». Il s’agit de faire intervenir «des gens connus et appréciés par la population comme, à titre d’exemple, les grands sportifs et les faire défiler pour qu’ils sensibilisent sur la nécessité de la vaccination. Il y a aussi une autre catégorie qui peut participer à la communication, à savoir les gens de culture et bien d’autres…», selon notre interlocuteur, qui souligne que ce qu’on voit actuellement comme plan de communication n’est pas suffisant. «Pour réussir une campagne, il faut une bonne campagne de communication avant», a-t-il soutenu, non sans revenir sur la vaccination dans les vaccinodromes qui permettent d’accueillir un très grand nombre de personnes, comme la Safex dans la capitale.
Ces aléas seront assimilés à une sorte de blocage de l’objectif final qui reste de vacciner 70% de la population adulte pour atteindre une immunité collective d’ici à la fin de l’année. «Je souhaite que nous l’atteignions, cette immunité, mais je ne crois pas que nous puissions», a répondu Dr Bekkat Berkani, argumentant qu’il ne reste qu’un peu plus de trois mois pour la fin de l’année, ce qui n’est pas évident d’atteindre cette immunité collective d’ici là.
L’autre souci et non des moindre, qui risque de compromettre la rentrée sociale, est la non-adhésion des travailleurs de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur à la vaccination. Même s’il ne se dit pas pour l’obligation vaccinale, là encore, Dr Berkani estime qu’il faut penser à une «obligation administrative», c’est-à-dire que les responsables administratifs dans une école ou université donnée «doivent prendre leur responsabilité et faire une note aux personnels, leur recommandant la vaccination, sinon des mesures administratives sont prises. Cela s’est fait dans les plus grands pays». Pour le président du Conseil national de l’Ordre des médecins, les enseignants doivent penser aux enfants et comprendre qu’en se vaccinant, ils protègent aussi les enfants.
S’il émet la solution de «l’obligation administrative» pour les travailleurs, notre interlocuteur l’écarte pour le reste de la population. «On ne peut pas obliger les gens à être vaccinés, mais il faudrait multiplier les obstacles à une vie normale, comme l’ont fait d’autres pays en instaurant même le passe sanitaire», a-t-il dit. Il a cité, par exemple, l’accès aux lieux de loisirs et, surtout, aux stades, sachant que ces derniers accueillent un nombre important de jeunes et moins jeunes aussi et faisant remarquer, par la même occasion, que nous sommes parmi les rares pays du monde à ne pas avoir ouvert les stades aux supporters. «Ce serait une bonne occasion pour stimuler les jeunes à aller se faire vacciner.»
Quant aux personnels du corps médical et paramédical qui refusent la vaccination, il estime que «c’est une faute profonde et déontologique. Quand on est un homme de science, on n’a pas le droit de ne pas croire à la science.»