Ils sont nombreux les projets de grande importance engagés par les pouvoirs publics et dont l’exécution est au ralenti à la suite d’une réévaluation de leur coût de réalisation que ne peut cautionner l’Etat compte tenu de la tension financière qu’il traverse. Devant cette situation, instruction a été donnée par le Président de la République d’éviter tout engagement financier supplémentaire en cette conjoncture.

Par Bouzid Chalabi
Une directive faite dimanche lors de son intervention à l’occasion du Conseil des ministres. Autre instruction qu’il a donnée à cette même occasion, le règlement impératif de toutes les créances relatives aux travaux réalisés dans le cadre des engagements contractuels de l’Etat. Auparavant, le ministre des Finances a fait un exposé portant sur le suivi des projets vitaux dans les secteurs des Travaux publics et des Transports. Le Conseil des ministres a approuvé une proposition de report de l’examen de la réévaluation de plusieurs projets jusqu’à ce que tous les aspects inhérents à l’évaluation de leur incidence financière soient réunis.
Ce faisant, il faut dire que ces deux instructions du chef de l’Etat étaient nécessaires, voire impératives, dans la mesure où il faut souligner qu’au gré du temps et des larges disponibilités financières de l’époque post-2020, la pratique des réévaluations est devenue récurrente, au point où les pouvoirs publics ont fini par la considérer comme une fatalité d’allouer chaque année des rallonges budgétaires conséquentes. En témoigne le constat que près du quart du budget total alloué, ces dernières années (2015-2020), au secteur des Travaux publics et des Transports a été réservé aux seules réévaluations des programmes publics en cours de réalisation et d’appels d’offres. Certes, ces programmes étaient tout aussi importants mais c’est, en 2015, qu’ils ont atteint le record absolu avec pas moins 760 milliards de dinars, soit environ 40% du budget du secteur concerné. Il devenait alors urgent, d’autant que la situation financière du pays se dégradait, de mettre fin à cette « facile » tendance à la réévaluation. Chose à la portée dès lors où les raisons ont été identifiées. En effet, selon des experts en la matière, « les réévaluations résultent de la désinvolture et des errements des maîtres d’ouvrage et des bureaux d’études chargés de concevoir et d’évaluer, de confier ces projets aux entreprises de réalisation ». En clair, l’ampleur, la consistance et la localisation des projets sont identifiés, confiés en étude et financièrement évalués par les techniciens des ministères concernés, les exécutifs de wilaya ou les services techniques des APC, bien souvent assistés par leurs tutelles administratives. «Ces instances souffrent toutes, malheureusement, d’insuffisances en matière d’ingénierie », attestent les experts. « Des insuffisances aggravées par un ‘droit à l’erreur’ qui favorise l’amateurisme et l’irresponsabilité chez les techniciens, convaincus que leurs errements en matière de projections de coûts de la construction seront automatiquement corrigés en cours de réalisation par de généreuses réévaluations qu’il suffira de demander », est-il mentionné dans un rapport établi par le ministère des Finances. « L’accord de principe de l’Etat étant généralement accordé et, ainsi, la prise en charge des dépenses supplémentaires est convenue », explique M. Mebtoul. Mais ce dernier précise dans la foulée : « L’accord ne deviendra toutefois effectif qu’après mise à disposition des maîtres d’ouvrages de crédits de paiement confirmant la disponibilité de ressources budgétaires suffisantes. »
En définitive, il faut croire que les autorités du pays ont compris qu’il est temps de se pencher sur cette boulimie de réévaluations qui coûte, bon an mal an, entre un milliard et un milliard et demi de dollars chaque année au pays. C’est un mal dont le diagnostic est connu, reste à savoir si les remèdes envisagés seront efficaces ? C’est là toute la question car l’Etat n’est plus en mesure de s’accommoder de réévaluation récurrente des coûts des projets. n