Le président du Conseil national économique, social et environnemental (CNSEE), le professeur Redha Tir, a déploré que «le secteur privé ne s’intéresse pas au financement des grands projets structurants».

Par Bouzid Chalabi
Et pourtant, «le cadre juridique en place s’y prête», a-t-il souligné lors d’un point de presse, organisé en marge d’une journée avec pour thème «Financement de l’économie : mobilisation des capitaux privés, vers des investissements utiles», a abrité hier l’Ecole supérieure d’hôtellerie et de restauration d’Alger, à Aïn Benian.
Auparavant le président du CNSEE avait, dans son allocution d’ouverture des travaux, signifié que l’effort de la relance économique doit être soutenu par une mobilisation accrue des capitaux privés, afin que l’investissement privé prenne toute sa place dans la réalité économique, en s’appuyant sur de nouvelles ambitions, dont l’entreprenariat responsable qui contribue efficacement dans l’investissement et la création de richesses, en faisant appel à ses ressources propres. En somme, pour le professeur Rédha Tir «il s’agira d’impliquer le secteur privé, partenaire stratégique, au service du développement économique national, mais aussi une valeur sociale forte». Et de lancer dans ce sens : «Le secteur économique privé est appelé à s’impliquer davantage dans l’effort de dynamisation de l’économie du pays.» Précisant dans la foulée que «le secteur privé doit prendre plus de risques, notamment dans les secteurs d’activité où l’Etat débourse des sommes colossales pour répondre aux besoins de consommation du pays». Le patron du CNSEE considère que «le secteur privé ne joue pas le jeu».
Ensuite, c’est l’expert financier international Mohamed Naceur Bourenane qui a pris la parole. Lâchant tout de go : «Le moteur réel de notre économie, c’est le capital privé national.» Mais selon l’expert «les produits financiers préoccupent l’investisseur privé». Abondant dans ce sens, l’expert Yacine Bouhara, qui intervenait sur vidéoconférence, dira en substance : «Avec un marché de capitaux inexistant, les investisseurs vont rester très méfiants.» Devant cette situation, le conférencier préconise de catalyser le marché des capitaux. Ajoutant dans ce sens : «Il va falloir libérer le marché domestique sinon les capitaux financiers vont rester gelés.» Selon l’expert financier Khaled El Aboudi, qui s’exprimait également par vidéoconférence, «pour encourager l’investissement privé il va falloir lever toutes les contraintes». A propos de contraintes, il y a lieu de rappeler que seul le Trésor avait le droit de s’occuper des grands projets structurants. Le privé, qui dispose pourtant de fortunes considérables, n’avait le droit d’intervenir qu’en tant que sous-traitant où client de l’Etat, jamais en tant que partenaire à part entière.
Lors des débats, on a surtout parlé de la situation financière de l’Etat qui n’est plus la même. «Une autre façon de promouvoir le développement économique et social s’impose, avec à la clé, une implication plus massive du privé dans la prise en charge d’un plus large éventail d’investissements et de participation à leur gestion», a évoqué un intervenant. Un autre estime que «dans l’état actuel de l’organisation de l’économie mondiale, le développement ne peut s’appuyer que sur le privé. Tant que ce dernier ne domine pas largement l’économie, le pays restera archaïque et vulnérable aux mutations technologiques».
Concernant les recommandations énoncées à la fin de la journée de travail, on retiendra entre autres l’organisation d’une passerelle commune entre tous les acteurs afin de participer au processus de transformation profonde de l’économie algérienne» n

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Issaad Rebrab : PDG du groupe Cevital
«Il existe d’autres possibilités pour que le secteur économique privé s’implique davantage dans l’effort de la relance économique du pays. Il s’agira d’instituer le crédit acheteur, piloté par la Banque d’Algérie.» Précisant que «le crédit acheteur permet à l’entreprise qui le sollicite d’aller vers des taux de remboursement très faibles.» Le patron du groupe Cevital révèle que son groupe compte lancer de grands projets d’investissement pour peu que tout ce qui a été avancé aujourd’hui devienne une réalité sur le terrain.

Samy Agli : président de la Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC)
«Au sein de notre organisation patronale, on attend toujours la promulgation de la loi sur l’investissement. L’attente aujourd’hui est incompréhensible», a alerté le président de la CAPC. C’est le cas aussi pour le Conseil national de l’investissement (CNI) qui ne s’est pas réuni pendant des mois. Selon le bilan du gouvernement, le CNI a tenu sa 95e session le 20 mai 2021, mais pour assainir des dossiers en suspens au niveau de l’Agence nationale de développement de l’investissement. Le malaise chez les opérateurs économiques est profond.