Longtemps décrié par l’Algérie, le financement extérieur revient sur le devant de la scène, considéré désormais comme étant un outil permettant de budgétiser les grands projets d’investissement. Après que le chef de l’Etat ait entrouvert la porte au financement extérieur pour les projets d’investissement public à grand potentiel de développement, la Banque d’Algérie défend à son tour l’option des financements extérieurs au profit des projets structurants et stratégiques, à la condition que ceux-ci obtiennent l’avis des autorités.

Par Khaled Remouche
L’endettement extérieur n’est plus un tabou ou un dogme en Algérie. Dans une note datée du 6 mars dernier, la Banque d’Algérie donne son feu vert à l’endettement extérieur, mais sous conditions. Il est noté, lit-on dans cette note citée par l’APS, «en vertu des dispositions de l’article 108 de la Loi n 19-14 du 11 décembre 2019 portant loi de finances pour 2020, seuls les projets stratégiques et structurants pour l’économie nationale sont éligibles aux financements extérieurs, auprès d’institutions financières internationales de développement, et ce, après avis des autorités compétentes». La note précise que les crédits extérieurs qui n’entrent pas dans ce cadre sont considérés comme endettement extérieur. «Tout concours extérieur de quelque nature qu’il soit, qui ne s’inscrit pas dans ce cadre demeure considéré comme endettement extérieur et proscrit», est-il précisé.
Ainsi, l’attention des banques et des établissements financiers a été attirée sur «l’impérieuse nécessité de veiller au strict respect des prescriptions légales» au sujet des financements extérieurs d’investissements, a souligné la Banque d’Algérie dans sa note.
Ce texte qui ouvre la voie à un type seulement d’endettement extérieur ne constitue que l’application d’une orientation du chef de l’Etat qui a, dans sa réponse à des représentants de médias, limité l’endettement extérieur au financement de projets économiques à haute rentabilité comme le projet du port du centre, de voies ferrées, des barrages ou des projets d’exploitation de ressources nationales comme le fer, le phosphate, l’hydrogène ou de grands projets dans l’agriculture. La note semble consacrer une doctrine algérienne de l’endettement extérieur. En effet, est considéré comme endettement extérieur tout crédit extérieur qui ne finance pas un investissement et de surcroît, un projet qui n’est pas stratégique, structurant et à haute rentabilité. Un prêt extérieur en dehors de ce champ est interdit en Algérie. La loi de finances de 2016 avait autorisé l’endettement extérieur, mais au cas par cas. Ce qui avait permis à l’Algérie de contracter un prêt de 900 millions de dollars de la Banque africaine de développement, en appui au budget de l’Etat en raison des difficultés financières rencontrées à la suite de la chute des prix du pétrole en 2014. Ces limites aux financements extérieurs sont dictées par le souci d’éviter un lourd endettement extérieur et, partant, un retour à la situation de la fin des années 1980 et du début des années 90 qui avait fait subir à l’Algérie l’application d’un plan d’ajustement structurel douloureux, synonyme de conditionnalités du FMI. D’où la décision du chef de l’Etat d’exclure le recours au FMI : «Nous n’irons ni au FMI ni à la Banque mondiale, car l’endettement extérieur porte atteinte à la souveraineté de l’Etat.»
La note ouvre donc la possibilité de financer des grands projets d’investissements structurants, stratégiques et rentables, notamment d’infrastructures en recourant à des banques internationales de développement comme la BAD, la BEI, la BID. Il s’agit dans le jargon financier de crédits concessionnels, c’est-à-dire octroyés des taux d’intérêts faibles et à de longues durées de remboursement. Mais cette nouvelle réglementation, qui encadre l’octroi de crédits extérieurs, semble restreindre le recours à l’endettement extérieur, en clair s’agissant du financement de bons projets, c’est-à-dire très rentables dans l’industrie ou les services. Elle ne dit pas un mot sur une formule de financement très intéressante comme «le project financing», en un mot, un projet, et qui se finance par lui-même, c’est-à-dire à travers les revenus de l’exploitation de l’usine ou de l’installation, une fois réalisée, ou le développement d’un gisement dans le secteur des hydrocarbures. Il s’agit là de projets très rentables qui ne posent pas de problèmes de remboursement de la dette. La note ne précise pas également si le partenariat public-privé qui, dans certains cas, a recours à des crédits extérieurs pour financer notamment des projets de centrales photovoltaïques, est exclu. Même topo pour les fonds d’investissement étrangers, notamment chinois, qui sont susceptibles d’assujettir le financement de l’investissement au choix de sociétés de réalisation et d’exploitation d’infrastructures chinois et à l’acquisition d’équipements chinois pour les besoins du projet.
Tout cela suppose une expertise, non seulement pour évaluer les bons projets, et déterminer s’ils sont stratégiques et structurants, mais également pour bien négocier avec les banques internationales de développement ainsi qu’une plus grande flexibilité des autorités dans l’attribution en dernier ressort du feu vert final permettant de mobiliser rapidement ces crédits extérieurs. n