Par Khaled Remouche
Le dessalement d’eau de mer peut atténuer le manque d’eau que nous connaissons aujourd’hui, mais ne pourra solutionner à lui seul le problème de la pénurie d’eau en Algérie.
Face à la grave pénurie d’eau à Alger, causée par le manque de ressources hydriques provenant des barrages, en dépit de l’apport des dernières averses, le gouvernement table à court terme sur les projets de dessalement d’eau de mer avec comme perspective la fin des restrictions en matière d’alimentation en eau potable à Alger, et cela à partir de l’été prochain. L’AEC, filiale de Sonatrach, a fait appel en ce sens en aux entreprises Cosider et GCB pour réaliser dans des délais très courts des stations de dessalement qui, au total, peuvent apporter 150 000 mètres cubes d’eau potable/jour, soit un sérieux appoint à l’approvisionnement en eau de la capitale, a-t-on appris auprès des représentants de l’AEC, rencontrés lors de Napec 2021, qui s’est tenu du 8 au 11 novembre à Oran. « Ces entreprises sont chargées de l’ingénierie et de la construction», ont ajouté ces représentants. Ils ont ainsi décroché les contrats EPC. Il s’agit des projets de stations de dessalement de Bâteau-Cassé d’une capacité de 10 000 mètres cubes/jour et qui devra être livré contractuellement au terme de 5 mois de travaux, celui d’El Marsa d’une capacité de 60 000 mètres cubes/jour au terme de 9 mois. Ces deux stations seront réalisées par Cosider. La troisième station d’une capacité de 80 000 mètres cubes/jour, qui sera implantée à Corso au terme de 12 mois de travaux, sera construite par GCB. L’AEC est le maître d’ouvrage de ces projets.
Il faut savoir que l’AEC a dans son portefeuille actuel 11 stations de dessalement d’une capacité de 2,1 millions de mètres cubes/jour et dont les capacités peuvent assurer 17% des besoins en eau potable du pays. Actuellement, les usines de dessalement de Hamma, de Cap Djinet et de Fouka contribuent à l’alimentation en eau potable de la population algéroise, ont indiqué les représentants de l’AEC. Ces usines de dessalement ont des capacités respectives de 200 000 mètres cubes/jour, 100 000 mètres cubes/jour et 120 000 mètres cubes/jour d’eau dessalée. Les partenaires étrangers qui exploitent les grosses usines de dessalement sont Hyflux (Singapour), Cobra, Suez, SNC Lavalin, Acciona. Il s’agit de partenariats publics privés (PPP). A moyen terme, le gouvernement compte réaliser cinq grandes usines de dessalement d’une capacité de 300 000 mètres cubes/jour chacune notamment à Tarf, Béjaïa et Cap Djinet afin de sécuriser l’alimentation en eau potable des villes côtières. Le problème qui se pose avec ce programme intensif de réalisation d’usines de dessalement est qu’elles consomment beaucoup de gaz et contribuent à la hausse des besoins en gaz du pays non couverts par une augmentation ou même des réserves de gaz. La solution serait d’utiliser les énergies renouvelables pour alimenter ces usines. La question n’est malheureusement pas à l’ordre du jour.
Enfin, le dessalement d’eau de mer ne peut à lui seul solutionner le problème de pénurie d’eau en Algérie. D’autres remèdes doivent être appliqués, notamment des efforts supplémentaires dans le traitement des eaux usées pour les besoins de l’agriculture, la rationalisation de la consommation d’eau, les transferts des eaux de la nappe albienne du Sud vers les Hauts-Plateaux. Aujourd’hui, les pluies qui sont tombées au mois de novembre laissent espérer que le niveau des barrages va augmenter au point d’améliorer sensiblement la situation hydrique du pays. Mais cette situation de sécheresse risque de se reproduire. Il s’agit de l’anticiper en mobilisant d’autres ressources, meilleure retenue des eaux de pluie, multiplier les retenues collinaires et les transferts des barrages dont le niveau est moins touché par la sécheresse vers les régions qui connaissent de graves pénuries d’eau. <