Par Kahina Sidhoum
Le Cluster Energie Solaire, qui regroupe les opérateurs de la filière, s’inquiète du retard pris par le ministère de la Transition énergétique et des Energies renouvelables pour remettre le cahier des charges aux investisseurs intéressés par l’appel d’offres lancé, fin décembre dernier, pour la réalisation de centrales solaires photovoltaïques d’une capacité de 1000 MW. Une source de ce département affirme que ce document est «fin prêt» et qu’il sera remis aux soumissionnaires «incessamment».
Le ministère de la Transition énergétique et des Energies renouvelables a été en effet directement interpellé, hier, par le Directeur général du Cluster Energie Solaire (CES), Boukhalfa Yaici, au sujet du retard de la publication du cahier des charges relatif à l’appel d’offres de «Solar 1000». Un projet de constitution de Sociétés de projet (SPV) destinées à réaliser un parc de centrales solaires photovoltaïques d’une capacité totale de 1 000 MW, réparties sur le territoire national en lots de 50 à 300 MW chacune.
«Nous avons été très contents de voir l’appel d’offres finalement annoncé. Les opérateurs ont payé les frais nécessaires pour l’obtention du cahier des charges, mais, à ce jour, ils ne l’ont pas encore reçu», a déclaré Boukhalfa Yaici qui s’exprimait sur les ondes de la chaine 3. «Nous souhaitons que ce cahier soit libéré rapidement pour que les entreprises puissent commencer à réaliser le projet», a-t-il ajouté, indiquant que le CES regroupe l’ensemble des opérateurs de la filière de l’énergie solaire en Algérie.
Se disant «surpris» par ce retard, M. Yaici y voit, également, l’empreinte de la dépendance du pays à la rente des hydrocarbures : «Une hausse des prix du baril est très bonne pour l’Algérie, mais j’ai l’impression qu’elle est en train de nous faire revivre les années passées, avec les mêmes reflexes». Il a estimé que l’Algérie a perdu beaucoup de temps, puisque, dans son plan d’action de 2020, le gouvernement a prévu la production de 15 000 MW d’électricité à l’horizon 2035, dont 4 000 MW d’ici à 2024. «Normalement, nous sommes sur une cadence de 2 000 mégawatts par an», fait-il savoir. «La réalité est là, aujourd’hui, on est en 2022 et nous n’avons encore rien vu du déploiement de ce plan d’action. Nous sommes très déçus. Le programme qui est l’un des projets phares du gouvernement ne connaît pas un début d’application», a-t-il regretté.
Selon Boukhalfa Yaici, les acteurs de la filière sont prêts à travailler à condition d’avoir de la «visibilité» et de voir des «actions concrètes» lancées sur le terrain. «Si la machine est mise en marche, cela va créer de la confiance chez les investisseurs et les projets commenceront à être réalisés. On va voir, donc, une création importante d’entreprises et d’emplois», a-t-il dit. Après plusieurs reports inexpliqués, en 2022, sauf si l’on admet la difficulté du ministère de la Transition énergétique et des Energies renouvelables à être pleinement opérationnel, l’appel d’offres pour la réalisation de «Solar 1000» a été lancé le 24 décembre 2021 pour être traité par la société Shaems, une joint-venture Sonatrach-Sonelgaz créée en avril 2021.
Quelle réaction suscitera l’interrogation de Boukhalfa Yaici sur le retard pris dans la publication du cahier des charges ? Une source ministérielle a affirmé, hier à Reporters, que «le cahier des charges est fin prêt» et qu’«il sera publié et communiqué aux investisseurs».
«Il n’y a pas de retard», a-t-elle indiqué. Une autre source hors ministère fait état d’une prochaine opération d’«image et de communication» sur les activités du ministère «avec des précisions sur le cahier des charges», un reportage de la télévision publique sur le projet Solar 1000 MW étant programmé pour la soirée du mardi 15 février 2022.
Dans le passé, le Directeur général du Cluster énergie solaire n’a jamais fait mystère de son analyse du secteur et des difficultés d’y investir et de transformer en réalité dans les domaines de l’énergie et de l’économie. Dans un entretien avec Reporters, en marge du Salon Napec 2021, en novembre 2021 à Oran, Boukhalfa Yaici a regretté que la transition énergétique dans notre pays reste encore «en débat». «On a l’impression que chacun aborde cette question à son niveau. On a besoin de regrouper tous les acteurs pour dégager une transition énergétique pragmatique et équilibrée», avait-il déclaré. «Nous avons besoin de visibilité pour préparer nos acteurs, nos entreprises», avait-il ajouté, non sans alerter sur les conséquences des retards de projets sur les investissements déjà consentis et qui «risquent d’être perdus», avait-il indiqué dans un autre entretien paru dans nos colonnes en décembre 2020.

Lire également entretien avec Boukhalfa Yaici, Directeur général du cluster Energie solaire https://www.reporters.dz/boukhalfa-yaici-directeur-general-du-cluster-energie-solaire-sans-un-plan-de-deploiement-du-solaire-de-500-mwc-par-an-les-investissements-engages-risquent-detre-perdus/