Dans leur volonté de rendre l’économie nationale moins dépendante d’une fiscalité pétrolière de plus en plus fluctuante, les pouvoirs publics multiplient les initiatives pour encourager l’exportation, mais aussi la production nationale. Dernière en date, la mise en place d’un projet de stratégie nationale de diversification des exportations, annoncée par le ministre du Commerce-Mohamed Benmeradi.

Le projet fait suite à la décision datée de janvier 2016 et qui consistait en l’installation d’une commission regroupant des représentants de différents ministères, d’organismes étatiques de soutien à l’export tels que l’Algex, la Safex et l’Anexal, ainsi que des experts et consultants spécialisésdans les transactions du commerce extérieur. «Effectivement, nous faisons partie de la commission. Cette stratégie est élaborée en collaboration avec les différents départements ministériels ainsi que des experts internationaux», indique Ali Bey Nasri, président de l’Association nationale des exportateurs algériens (Anexal), qui se réjouit de l’initiative. «C’est la première fois que l’Algérie essaye de se doter d’une réelle vision. C’est éminemment positif, car nous avons vraiment besoin de cela. Sans vision stratégique, on ne peut pas avancer dans l’exportation, estime-t-il. Expliquant par ailleurs que cette stratégie s’articulera autour des avancées positives qui ont d’ores et déjà été enregistrées quant aux opérations d’exportation et relever les entraves. «Nous allons diagnostiquer ce qui a marché et ce qui n’a pas marché. Chaque département ministériel sera sollicité au sein de ce comité pour apporter sa vision sectorielle. On va s’appuyer sur les filières, car l’un des problèmes de l’export est qu’il y a plusieurs intervenants sans une réelle cohérence», confie Ali Bey Nasri. Il précise que la commission chargée de diversifier les exportations «est au début du process» pour tirer par la suite les premières dispositions à entreprendre au niveau de l’Etat, des filières ainsi que des entreprises. «La prochaine échéance pour livrer les premières conclusions sont prévues au terme du premier semestre 2018», annonce le premier responsable de l’Anexal. Concernant les aspects positifs et négatifs que relèvent les membres de la commission, l’on note «des avancées notamment en matière de conduite en douane», «Sur ce point, il y a de grandes facilitations, il y a aussi le fait que l’acte soit totalement défiscalisé», rappelle M. Nasri, «concernant les obstacles, la réglementation autour du transfert d’argent lors des transactions et au niveau de la logistique», relève-t-il encore. Affirmant, en ce sens, que les opérateurs nationaux qui souhaitent se diriger vers l’export constatent de nombreuses contraintes notamment celle concernant la logistique maritime. «Les opérateurs se plaignent d’avoir du mal à mobiliser des containers et à les charger. Cela représente des coûts exorbitants, ce qui diminue la compétitivité du produit national», indique Ali Bey Nasri.
Autre défi à relever pour l’économie nationale sur un plan macroéconomique, les experts s’accordent à dire, notamment au niveau du secteur agricole et agroalimentaire, que les sources de production doivent atteindre «une taille critique» pour pouvoir exporter et ainsi assurer la permanence du produit. Apporter une valeur ajoutée à la production agricole à travers sa transformation constitue également un atout, assurent les experts, plaidant pour le développement du tissu de l’industrie agroalimentaire. Dans certains pays développés, on parvient en effet à 20% de parts de production agricole brute contre 80% de produits commercialisés après avoir été «valorisés». Tandis que l’Algérie ne transforme environ que 10% de sa production. Autre filière, celle des boissons aromatisées où le taux d’intégration est toujours considéré comme faible. L’Egypte, par exemple, s’est érigée en grand producteur et exportateur de boissons grâce à une production locale de certains concentrés, dont celui de la menthe. Là aussi, les spécialistes plaident pour que les usines de production atteignent une taille critique pour d’abord bien s’implanter au niveau national avant de songer à la prospection de nouveaux marchés internationaux.
R. A.