Ahmed Laraba est monté, une nouvelle fois, au front pour défendre la mouture de la révision constitutionnelle en montrant du doigt une déviation du débat de la part de certaines parties qui ont été tentées d’embarquer le pays dans les polémiques autour de la question des constantes nationales alors que le projet n’énonçait rien dans ce sens.

«Il n’a jamais été question de toucher aux composantes de la personnalité algérienne», a-t-il déclaré, insistant sur l’objectif de parvenir à «une Constitution consensuelle» telle que promise par le premier magistrat du pays.
M. Laraba, qui était l’invité mardi soir de la chaîne d’Echourouk TV, a fait état d’intéressantes propositions formulées par des universitaires exprimant que le souhait de voir les acteurs politiques et les animateurs associatifs émettre des suggestions à la hauteur de la loi fondamentale.
Le président du comité d’experts chargé de rédiger la mouture de la future Constitution n’a pas manqué l’occasion pour répondre aux attaques dont il a fait l’objet, estimant que certains ont voulu induire les Algériens en erreur alors qu’il «était attendu d’élever le niveau».
Pour sa part, Karim Khalfane, membre du même comité, a indiqué que plus de 140 articles ont été réécrits et consolidés, avec ajouts de nouveaux articles. Autrement dit, c’est une révision à hauteur de 63 % de la Constitution en vigueur.

Révision à hauteur de 63 %
«La mouture de la Constitution de 2016, dont plus 63% de ses articles ont été amendés, a été distribuée aussi bien aux partis politiques qu’à la société civile et même aux citoyens, afin de l’améliorer, l’enrichir et l’approfondir», a précisé M. Khelfane sur les ondes de la Radio nationale. Qu’en est-il des propositions reçues jusque-là ? « Le comité travaille quotidiennement et même tard la nuit pour traiter le maximum de propositions qui s’inscrivent dans l’esprit de la lettre du président de la République, qui a fixé la mission du Comité et les objectifs attendus de cette révision», a expliqué l’universitaire.
Sur les réactions suscitées par certains articles de la mouture, notamment le point relatif à l’intervention de l’ANP en dehors du territoire national, M. Khalfane a regretté le fait que des parties «se focalisent sur des questions contenues dans la mouture, parce qu’elles sont mal lues ou expliquées, entretenant, à cet effet, l’amalgame autour de ces questions». Il a également regretté que certaines parties prêtent au comité «une mauvaise intention» d’avoir proposé deux articles séparés (articles 31 et 95) sur l’intervention de l’ANP, relevant qu’il y a «une façon d’écrire un article et la méthodologie est importante en Droit».
«L’article 31, réservé à la politique étrangère de l’Algérie, rappelle les fondamentaux de cette politique dont la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats et le non-usage du territoire algérien pour apporter atteinte aux Etats», a-t-il expliqué, tout en évoquant l’ajout d’un article qui prévoit l’intervention de l’armée en dehors du territoire national avec l’aval du Parlement avec une majorité des 2/3».
Sur les polémiques suscitées par certaines dispositions relatives aux questions des constantes et de l’identité nationale, il a indiqué que «ces amalgames ont biaisé le débat». Alors qu’il était plus judicieux et utile de «s’intéresser à l’essentiel de cette Constitution qui doit être lue dans son ensemble, on s’est arrêté sur certaines questions qui suscitent toujours des polémiques, surtout lorsqu’on rajoute un peu du sien». «Nous, en tant que comité, nous sommes dans le domaine du droit et non de la politique. Les objectifs ne sont pas les mêmes. Il est évident que cette mouture doit s’inscrire dans un cadre dépassant les personnes et les vues partisanes. Ceci ne plairait forcément pas à certains partis politiques qui voudraient que cette mouture soit le reflet d’un programme politique», a-t-il ajouté.
Selon M. Khalfane, un fichier, article par article, a été ouvert et il s’agira de faire ressortir «les grandes tendances qui reviennent à partir des lectures faites», aussi bien des propositions des particuliers, de la société civile, des personnalités, des collègues enseignants ou de simples anonymes. <