Le gouvernement s’apprêterait à augmenter les salaires en guise de réponse à l’érosion rapide et inquiétante du pouvoir d’achat. Cette initiative louable reste cependant tributaire d’un financement qu’il s’agit de trouver et d’assurer dans un contexte financier et budgétaire des plus serrés. Comment le Premier ministre et argentier du pays fera-t-il pour la concrétiser sans dommage pour les caisses de l’Etat ?

Par Khaled Remouche
Ce qui est certain aujourd’hui, c’est que le gouvernement compte augmenter les salaires de la Fonction publique à travers la révision de la grille des salaires, après évaluation et étude pour définir les paramètres permettant d’appliquer une politique salariale plus efficiente.
C’est ce qui ressort en filigrane des annonces du Premier ministre Aïmene Benabderrahmane au Parlement et du contenu du Plan d’action du gouvernement concernant cette question. Le ministre des Finances a indiqué que ce dossier renvoie à un axe du programme du gouvernement qui consiste à consolider et améliorer le pouvoir d’achat des ménages.
Face à la montée des revendications des syndicats qui appellent à une augmentation des salaires et les réactions des associations de consommateurs qui dénoncent la flambée des prix de plusieurs produits de large consommation à la veille de la rentrée sociale, ce dossier revêt un caractère des plus urgents eu égard à la baisse importante du pouvoir d’achat des salariés et surtout par l’effet cumulatif des hausses des prix ces dernières années. Mahrez Aït Belkacem, consultant, membre de Care, contacté par Reporters à ce sujet, souligne que cette annonce, faute de détails, soulève plusieurs interrogations. La première est de savoir si cette mesure s’étend à une augmentation du SNMG. Si c’est le cas, elle aura un impact sur les entreprises publiques et privées, dont bon nombre n’arrivent même pas ou difficilement à verser les salaires. L’expert souligne, cependant, que cette mesure consistant à augmenter les salaires est adéquate eu égard à la forte inflation enregistrée et qui lamine le pouvoir d’achat de la majorité des Algériens. Il reconnaît que la mesure, compte tenu de l’importance de la masse salariale des fonctionnaires, pèsera sur le budget de l’Etat. La question est donc de savoir comment va être financée cette augmentation des salaires en contexte de vive tension budgétaire et de situation financière très délicate. L’une des solutions serait de recourir à la planche à billets, mais le Premier ministre a exclu cette option. Pour Mahrez Aït Belkacem, qu’il s’agit de l’endettement extérieur ou de la planche à billets, ces remèdes ne sont efficients que si cet argent mobilisé va à des projets d’investissements rentables, à la création de richesses et non au versement des salaires et aux pensions de retraite comme ce fut malheureusement le cas auparavant.

La mesure sera-t-elle étendue à une hausse du SNMG ?
Le Premier ministre a, en outre, laissé entendre que cette augmentation des salaires sera étendue au secteur économique, c’est-à-dire aux entreprises publiques et privées. Son application sera problématique, observe le consultant. Car elle n’aura pas un effet positif pour nombre d’entreprises privées qui, aujourd’hui, arrivent péniblement à payer les salaires. Certaines ont arrêté de payer des salaires depuis des mois en raison des effets de la crise sanitaire. Ce sera aussi le cas des entreprises publiques qui pour leur grande majorité vivent une situation financière très difficile. Comment ces entreprises vont-elles pouvoir augmenter les salaires de leurs travailleurs ? s’interroge-t-il. La tâche ne sera donc pas facile pour le gouvernement, car c’est avec l’amélioration de la situation financière du pays que les marges de manœuvre de l’Exécutif s’avèrent plus grandes en matière d’augmentation des salaires. Mais il est illusoire de lier le pouvoir d’achat qu’aux salaires. Sans contrepartie productive, toute augmentation des salaires sera à l’évidence absorbée par l’inflation. Protéger le pouvoir d’achat consiste aussi à organiser le commerce intérieur de façon à éliminer les pratiques spéculatives et à freiner la dévaluation du dinar qui est l’une des sources principales de l’érosion du pouvoir d’achat des ménages. Le gouvernement est-il en mesure de le faire tant la dévaluation du dinar est devenue un outil d’ajustement financier privilégié, destiné à réduire le déficit budgétaire ? A cet égard, le bons sens dit que tendre vers la mobilisation de nouvelles sources de financement hors budget de l’Etat, le regain de confiance entre gouvernants et gouvernés, le redressement de la situation financière des entreprises à travers un plan de sauvetage plus consistant et une administration soumise à l’obligation de résultat et d’efficacité figurent parmi les voies les plus adéquates facilitant l’application d’une telle augmentation des salaires. <