Le président de l’Autorité nationale indépendante des élections (Anie), Mohamed Charfi, a défendu hier l’avant-projet de loi organique relative aux élections. Un texte rendu public la semaine dernière par le gouvernement, mais qui a rapidement suscité des critiques de «petits» partis politiques. L’une des mesures les plus controversées, la limitation des parrainages des listes par parti ayant au moins 10 élus, ou ayant obtenu plus de 4% des voix aux précédentes élections, avait été jugée «discriminante». Des critiques que le président de l’Anie rejette, estimant hier que la suppression de cette mesure ferait retomber le pays dans les anciennes pratiques : «Cela créerait une sorte de ‘marché’ et n’importe qui pourrait créer un parti et vendre les places sur listes électorales (…) Nous voulons éradiquer ces pratiques.»
En effet, invité hier sur les ondes de la Chaîne II, Mohamed Charfi a, en substance, fait savoir que l’adoption du projet de loi permettrait l’organisation d’élections «libres et régulières», et contribuerait à «construire les institutions tant espérées par les Algériens depuis l’Indépendance». Les craintes exprimées dès la publication du texte n’auraient, quant à elles, pas lieu d’être ; «les nouveaux partis, qui participent pour la première fois à une élection, ont toujours la possibilité de parrainer leurs listes par un certain nombre de citoyens. Même chose pour les candidats libres».
L’alternative évoquée par le président de l’Anie autorise, en effet, un parrainage par 50 citoyens pour chaque candidat à un siège d’APC, et de 250 citoyens pour une élection à l’APN. Ainsi, loin de favoriser les «grands» partis, «ce projet vise à garantir l’égalité entre tous les acteurs parmi les anciens et les nouveaux partis politiques, en leur offrant les mêmes moyens et chances lors des échéances électorales», ajoute Mohamed Charfi. Un responsable qui estime, par ailleurs, à propos de critiques exprimées, qu’il était «normal que toute nouveauté fasse l’objet de polémique».
Nouvelle législation dont l’objectif serait, en ce sens, de rompre avec les «anciennes pratiques», le responsable a assuré que ce projet de loi amorce «une nouvelle ère pour la moralisation de l’action politique». Mettant notamment fin au «système de quotas ayant consacré l’intervention de l’argent sale lors des élections précédentes». Le responsable précise ainsi que plusieurs scrutins avaient été marqués par la «vente» de places sur les listes électorales : «ce n’est pas une chose à laquelle j’ai personnellement assisté, mais nous avons tous entendu les déclarations de responsables. Un mois avant les élections, les quotas étaient définis (…) Ce n’est plus possible que cela continue.»
Quant aux nouvelles dispositions visant au contrôle des scrutins, le président de l’Anie rappelle que tous les partis politiques et les listes participant aux élections auront le droit de désigner des observateurs au niveau des bureaux de vote. La surveillance «populaire» du processus serait par ailleurs renforcée : «En ce qui concerne la transparence (…) il y aura dans tous les bureaux de vote des observateurs des partis, mais aussi des citoyens contrôleurs». Un maximum de «trois citoyens» pourrait dans ce but être désigné au niveau de chaque bureau : «Les citoyens pourront s’inscrire en leurs noms pour être contrôleur dans un bureau de vote. Si le nombre est trop important il y aura un tirage au sort.»
Par ailleurs, et en s’exprimant hier sur la proposition d’organiser les élections législatives et locales le même jour, le président de l’Anie a écarté cette possibilité. Mohamed Charfi fait, en effet, savoir qu’une telle démarche ne pourrait «en l’état actuel des choses faire jurisprudence», en raison «du manque de moyens», notamment humains. L’encadrement des élections «nécessite», selon lui, «au minimum, 9 000 magistrats, ce qui est actuellement impossible». n