Poursuivre les contacts avec les partenaires russes pour la production locale, en Algérie, du vaccin contre le nouveau coronavirus a été la première instruction donnée au ministre de l’Industrie pharmaceutique par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, lors de la réunion du Conseil des ministres tenue avant-hier dimanche.

En effet, après avoir entendu un exposé sur «la production du vaccin localement» par le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Lotfi Djamel Benbahmed, le Président l’a instruit de «la poursuite des contacts avec le partenaire russe pour faire aboutir le projet de production du vaccin Spoutnik V en Algérie, dans les plus brefs délais», selon un communiqué de la présidence de la République.
Il en ressort que les discussions doivent se poursuivre de même qu’il faudra agir sur le facteur temps lorsque le Chef de l’Etats parle de faire aboutir le projet dans les «plus brefs délais». On se rappelle que lors de son discours à la Nation la semaine dernière, il avait évoqué un délai de six à sept mois. «Le vaccin russe anti-Covid-19 Spoutnik V sera fabriqué en Algérie dans six à sept mois», avait-il déclaré. Concernant les pourparlers avec les partenaires russes dans ce projet de coopération, différents responsables du secteur de la santé qui se sont exprimés sur le sujet lors des derniers jours ont affirmé que «les discussions avancent» avec le Fonds d’investissement direct russe (RDIF, fonds souverain) qui a financé la recherche et le développement du vaccin Spoutnik V au profit du Centre national russe d’épidémiologie et de microbiologie Gamaleya. On cite, à titre d’exemple, le ministre de l’Industrie pharmaceutique – puisque c’est lui qui est en charge de ce dossier – qui a indiqué, au début du mois dernier, que «l’Algérie a engagé les discussions avec le partenaire russe en vue d’identifier la démarche la plus efficace» pour parvenir à la réalisation du projet.
Dès lors que les discussions sont engagées et que le délai est fixé, pourquoi le Conseil des ministres parle-t-il encore de «poursuite des contacts pour faire aboutir le projet de production du vaccin Spoutnik V en Algérie dans les plus brefs délais» ? Cela voudrait-il dire qu’un retard quelconque est déjà enregistré pour ce projet ?

Les explication du Dr Bekkat Berkani
Pour avoir des explications sur ce sujet, Reporters a pris attache avec le Dr Mohamed Bekkat Berkani, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus, qui a apporté des éclaircissements. «Il faut savoir que lorsqu’on discute avec un partenaire pour la réalisation d’un projet, il y plusieurs stades de discussions», a-t-il d’abord indiqué. «Il y a des discussions qui portent sur la faisabilité du projet pour répondre à la question de comment doit-on faire. Il y ensuite des discussions sur les détails, à savoir comment va-t-on procéder à ce transfert de technologie dont on a parlé… Par exemple, avec les partenaires russes dans ce projet, il s’agit également de voir comment ils nous aideraient pour parvenir à un véritable contrat d’exécution, avec des précisions sur des points précis», a-t-il ajouté. A titre d’exemple, «il y a des secrets de fabrication dont on peut aussi parler pour savoir si on peut les avoir et comment les avoir, etc.», a-t-il encore expliqué.
Mais pas seulement, puisque toute opération de partenariat est basée sur le côté financier. Dans ce genre de partenariat, il y a aussi «des négociations qui concernent les prix de revient, car il ne faut pas perdre de vue qu’il s’agit d’une coopération qui se fera avec l’Institut russe Gamaleya et non pas avec l’Etat, ce qui est quand même un peu différent», selon le Dr Bekkat Berkani, qui est également président du Conseil national de l’Ordre des médecins. «Bien entendu, il est clair que tous les points que je viens de souligner, ça demande plusieurs étapes de négociations et chaque étape prend donc du temps. Mais le président de la République, dans son instruction, a demandé que l’Algérie, par le biais des responsables chargés du dossier, accélère les discussions. Parce qu’on peut, parfois, discuter pendant des mois et arriver au résultat dans deux ans», or la fabrication du vaccin contre le nouveau coronavirus ne peut pas attendre longtemps, a précisé le membre du Comité scientifique.
Il est donc clair, poursuit le Dr Bekkat Berkani, que «le Président a demandé d’accélérer les discussions afin de commencer la production du vaccin Spoutnik V en Algérie dans les meilleurs délais possibles et, pourquoi pas, avoir une technologie pour d’autres vaccins, avec l’objectif de servir le marché algérien et d’exporter éventuellement». Le président de l’Ordre des médecins a, par ailleurs, indiqué que «trouver un terrain, avoir l’étude, commencer le génie civil, etc. sont aussi des opérations qui prennent du temps». Dans ce sens, il y a lieu de rappeler que le Pr Kamel Senhadji, directeur général de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSS), s’est déjà rendu à Constantine, le mois dernier, pour visiter les sites pouvant être choisis pour le projet de réalisation de l’unité de production du vaccin anti-Covid-19. Il n’a, par ailleurs, pas exclu qu’il puisse visiter d’autres endroits avant de faire le choix final.
Il convient de noter que le dernier responsable à s’être exprimé sur ce projet est le directeur général de l’Institut Pasteur d’Algérie, Fawzi Derrar. Il a affirmé, avant-hier, que l’Algérie est «en bonne voie pour concrétiser, en partenariat avec le laboratoire russe, Saidal et l’expertise de l’institut Pasteur, la production locale du vaccin russe Spoutnik V».