L’avant-projet de loi sur les hydrocarbures adopté dimanche dernier par le Conseil des ministres continue de faire parler de lui et susciter les désapprobations des acteurs politiques et sociaux de divers horizons.

Au sein des formations politiques et après les critiques formulées aussi bien de la part de l’opposition (FFS-RCD-PST-PT) que ceux de la majorité (FLN-RND) sur le contenu du texte et également à l’égard du gouvernement jugé «illégitime» pour l’élaborer, c’est au tour du Mouvement de la société pour la paix (MSP) de monter au créneau pour dénoncer l’adoption de ce texte.
Pour le parti d’Abderezak Makri, «l’insistance des autorités à imposer une loi sur les hydrocarbures avec un gouvernement et un parlement populairement illégitimes est une preuve de l’état d’esprit résigné d’un gouvernement qui n’a comme programme que de rechercher la rente…».
Le MSP estime que «les institutions officielles rejetées par le peuple ne sont pas habilitées à examiner la loi sur les hydrocarbures qui est importante et qui a un lien direct avec la souveraineté nationale».
C’est la raison pour laquelle le parti convoque les propos tenus récemment par le ministre de l’Energie sur l’élaboration du texte qui continue de faire débat aussi bien au sein de l’élite qu’auprès de l’opinion publique.
«Le fait que le ministre de l’Energie reconnaisse l’implication des sociétés pétrolières étrangères dans l’élaboration de ce texte de loi est un fait dangereux qui préfigure d’une soumission claire aux forces capitalistiques», s’alarme le parti islamiste.
Le MSP exprime, dans ce sillage, sa préoccupation de voir les autorités du pays opter pour «l’exploitation de la conjoncture politique difficile que vis le pays et l’affaiblissement des institutions pour faire passer ce qu’elle n’a pas pu faire, dans les domaines des hydrocarbures, durant la période précédant le Hirak, à l’instar de l’exploitation du gaz de schiste».
Dans le monde du travail, c’est la Fédération nationale des travailleurs du pétrole, du gaz et de la chimie, affiliée à l’UGTA, qui a affiché son opposition au projet de loi sur les hydrocarbures.
Pour cette organisation syndicale, le texte «a été approuvé dans une certaine opacité sans qu’il ne soit soumis à la concertation des partenaires sociaux conformément à la tradition lorsqu’il s’agit de textes fondamentaux et d’importance cruciale engageant l’intérêt national».
La même Fédération a tenu en effet dans un communiqué à prendre à témoin l’opinion publique qu’elle «n’a pas été associée au processus d’élaboration du texte et n’en a pas été dûment informée, ce qui est un fait inédit, souligne-t-elle, et contraire «aux usages en vigueur depuis l’adoption de la loi sur les hydrocarbures de 1986».
La FNTPGC dit croire à «une volonté de ne pas discuter le contenu de l’avant-projet et d’en faire une loi du fait accompli. Une loi à adopter sans un des principaux partenaires sociaux qui se voit ainsi écarté, et en dehors de toute information de l’opinion publique nationale».
Elle se pose également des questions quant à «l’empressement à voter une loi à forts enjeux stratégiques pour le pays, à quelques semaines seulement de l’élection d’un nouveau président de la République, élection qui sera suivie d’un nouveau scrutin législatif qui verra le renouvellement profond de la représentation politique nationale».
Face à cet «empressent», la même Fédération suggère de laisser la responsabilité d’adopter ce texte aux futures institutions du pays, notamment le président de la République qui émanera de la présidentielle du 12 décembre prochain. «A deux mois donc du rendez-vous crucial des élections présidentielles du 12 décembre 2019, il y a plus que jamais une urgence d’attendre», soutient la Fédération.
Pour cette dernière, il est nécessaire d’«attendre l’élection d’un président de la République élu et doté de la légitimité populaire, qui aura, conformément à ses prérogatives constitutionnelles, et dans le cadre d’une large concertation avec l’ensemble des acteurs et des partenaires concernés, le pouvoir légitime de faire voter une loi aussi essentielle pour l’avenir du pays que la loi sur les hydrocarbures».
Reste cependant la curiosité de savoir si la direction nationale de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) va approuver l’adoption de cette loi ou dérogera-t-elle à la tradition du moins des 20 ans de règne de Bouteflika qui a vu la centrale syndicale sous la conduite de Sidi Saïd accompagner toutes les options du gouvernement.
Et si l’UGTA a privilégié, sous la direction de Salim Labatcha, la discrétion au moment où le monde de travail ne manque pas de zones de tension, la polémique autour de la loi sur les hydrocarbures ne doit pas laisser sans voix cette organisation syndicale.
La curiosité va également vers les deux partis de la défunte alliance présidentielle. Non pas parce qu’ils ne se sont pas exprimé sur le sujet mais au vu de leur position étonnamment opposée à celle de l’Exécutif de Noureddine Bedoui. Mieux : leur position est contraire à celle du chef de l’état-major pour qui «l’approbation de projets de lois importants, à l’instar des lois des finances et des hydrocarbures, qui constituent une véritable plus-value à même de relancer l’économie nationale et donner un nouveau souffle à l’investissement dans les différents secteurs économiques stratégiques».
Par ailleurs, les prétendants à la magistrature suprême ont eu à s’exprimer sur la question suggérant le report du vote du texte par le Parlement.
Le candidat Abdelaziz Belaïd a estimé à ce propos que «seul un Président élu peut porter le projet» alors que pour Ali Benflis, également prétendant, «le projet doit être porté par des institutions légitimes».
Pour sa part, Azeddine Mihoubi, du RND, plaide pour «le renvoi de l’examen et l’adoption du texte de loi à l’après-présidentielle», alors qu’Abdelkader Bengrina du mouvement El Bina, estime qu’un «gouvernement des affaires courantes n’a pas à élaborer et examiner une loi d’une telle importance».