L’avant-projet de loi de finances 2019 a été présenté, hier, devant les députés par le ministre des Finances Abderrahmane Raouya. Dans une séance plénière de l’Assemblée populaire nationale (APN), l’intervention de Raouya a laissé place au débat qui a vu le déchaînement des députés de l’opposition.

Sujet de prédilection du Parti des travailleurs (PT) de Louisa Hanoune, la loi de finances pour 2019 a été taillée en pièces par ses parlementaires à l’instar de la députée d’Alger Nadia Chouitem. «Nous regrettons que le budget alloué à certains secteurs soit réduit à la portion congrue», a-t-elle lancé. Elle citera en premier le secteur de la santé : « Nous assistons au retour au moyen-âge s’agissant du secteur de la santé, et ce, à cause de l’austérité.» Visiblement très déçue par le budget alloué au secteur de la santé dans le PLF 2019, Mme Chouitem a estimé que cette loi de finances est à l’origine d’«un climat favorable à la violence».
«La politique du gouvernement constitue une vraie menace sur la stabilité du pays», a-t-elle lâché. Même ton chez les députés islamistes, notamment ceux du Mouvement de la société pour la paix (MSP). Intervenant à ce propos, Fatima Saïd du parti de Abderrezak Makri a fait d’emblée remarquer : « Ce gouvernement peine à trouver des solutions à notre économie et là, encore, à travers cette loi des finances, il ne réussit pas à trouver les équilibres financiers nécessaires pour faire redémarrer notre économie. »
De son avis, « les gouvernements successifs ont choisi la facilité et les solutions conjoncturelles, d’où l’absence d’une économie véritablement productrice». Un autre député, toujours du MSP, regrettera dans le même ordre d’idées, « l’absence de réformes structurelles afin de trouver une économie hors hydrocarbures ».
A ses yeux, « depuis le début de la crise économique, en 2014, le gouvernement a promulgué 5 projets de loi de finances, mais pas de réformes sérieuses en la matière ». Des députés islamistes du parti FJD de Djaballah, à l’instar du tonitruant Hassan Laribi qui a trouvé comme cible privilégiée, lors des débats d’hier, le Premier ministre Ahmed Ouyahia, auquel il reproche «de ne pas avoir de mécanique huilée ni de stratégie bien définie pour une réforme de l’économie ».
« Vous menez d’une manière anarchique une politique pour sortir de la dépendance aux hydrocarbures, non organisée et pas du tout ciblée», a lancé le député. Avant d’accuser Ouyahia de vouloir «endosser au peuple les échecs du gouvernement en cas de non-aboutissement des réformes».
Plus incisif, Laribi accuse Ouyahia de mentir aux Algériens sur la situation économique du pays et d’avoir mené « dans le passé, une campagne contre les cadres de l’Etat».
Côté députés de la majorité, c’est le satisfecit total. Abdelhamid Si Affif, député FLN de Mostaganem, inscrit parmi les premiers intervenants, s’est dit satisfait des dispositions sociales contenues dans le PLF 2019 : « Les couches défavorisées ont été écoutées et le président de la République a décidé de les soutenir à travers le maintien à un niveau élevé des transferts sociaux». Aussi, et tout en appuyant « la relance des projets gelés», le député de Mostaganem a estimé que le PLF 2019 est à même de «maintenir les équilibres financiers». Même son de cloche côté RND. C’est ainsi que l’ancien président de groupe parlementaire du parti, le député de Tissemsilt Guidji Mohamed, est intervenu en répondant aux critiques de l’opposition : « Je suis opposé aux voix pessimistes et alarmistes qui se disent contre l’application de la planche à billets au motif qu’il y a le risque inflationniste». De l’avis de Guidji, « l’économie nationale se porte mieux », tout en faisant observer que « la LF 2019 exprime la bonne santé de l’économie nationale ».

Raouya : « Une loi  de finances qui s’inscrit dans la continuité »
Le ministre des Finances Abderahmane Raouya, qui a présenté le texte de loi dans la matinée d’hier, a fait remarquer d’emblée que «la PLF 2019 s’inscrit dans la continuité des efforts consentis par l’Etat dans le but d’alléger les effets négatifs de la diminution des ressources financières sur l’économie nationale». Aussi et tout en notant que cette loi de finances intervient dans un contexte marqué par «des tensions sur l’équilibre financier interne et externe du pays, dues à la baisse des cours du pétrole», Raouya a précisé qu’à la lumière de cette loi, «le déficit de la balance des paiements devrait passer de 17,2 milliards USD en 2019, à 14,2 milliards USD en 2020, puis 14 milliards de dollars en 2021». Plus précis, il lancera, dans un Hémicycle bien plein, que « ce recul conduira à une contraction des réserves de change à 62 milliards USD en 2019, puis 47,8 milliards USD en 2020 et 33,8 milliards USD en 2021». Abordant la croissance économique, il notera qu’à moyen terme, «elle passera à 3,4% en 2020 et 3,2% en 2021 avec une moyenne de croissance hors hydrocarbure de 3,1% en 2020-2021». Sur les exportations, il indiquera que la LF 2019 prévoit une hausse du volume des exportations des hydrocarbures de 4,2% en 2020 avec des recettes estimées à 34,5 milliards dollars et de 2% en 2021 avec 35,2 milliards USD de recettes. Sur la problématique de l’importation, il notera un «recul de l’importation des marchandises à 44 milliards de dollars en 2019, 42,9 milliards de dollars en 2020, et 41,8 milliards de dollars en 2021».