Le texte examiné en Conseil des ministres vise à prévenir de nouvelles hausses des prix et de nouvelles charges fiscales sur les ménages. La question qu’il incite à poser est de savoir, à travers l’adoption reportée d’une semaine de cette prochaine nouvelle loi de finances , si l’augmentation des salaires et des pensions de retraite décidée par le Chef de l’Etat sera conséquente et si la réforme des subventions sera de nouveau reportée.

Par Khaled Remouche
Le chef de l’Etat reconduira-t-il sa décision prise appliquée dans la loi de finances 2022, à savoir un texte fondamental expurgé de dispositions entrainant de nouvelles hausses des prix et de nouvelles charges fiscales. En décidant de reporter d’une semaine l’adoption du projet de loi de finances 2023 en conseil des ministres prévu dimanche , il se donne le temps et au gouvernement d’examiner de manière plus approfondie le document et rectifier le tir au cas oû ses orientations n’ont pas été prises en compte. Le premier magistrat insiste sur la préservation du pouvoir d’achat. Cela passe par l’absence de nouvelles taxes et de nouvelles dispositions entrainant l’augmentation de prix de produits de large consommation pénalisant ainsi la majorité des citoyens. Il faut rappeler le précédent 2021 où le Président de la République a désavoué son premier ministre en lui demandant à revoir la copie, précisément de ne pas prévoir de nouveaux impôts et des dispositions dont l’impact est la hausse des prix des biens et services de large consommation et de reporter l’application de la réforme portant réduction des subventions. Un poste qui pèse lourd dans le budget et qui est l’une sources du déficit du Trésor : – 2000 milliards de dinars en 2021.
Les transferts sociaux rappelons-le représentent une dépense publique à hauteur de 5000 milliards de dinars. La question est de savoir également si la réforme des subventions sera appliquée en 2023. Si l’on s’en tient au discours du Président de la République récemment devant les Walis où il a souligné que l’homme est au cœur de sa politique économique et sociale, il est clair que le premier magistrat du s’oppose à fin de la mise en oeuvre du soutien des prix concernant les produits de large consommation tels que le lait, le blé, la farine , la semoule, l’huile, le sucre , les carburants, l’eau, le gaz et l’électricité. Pour les seuls produits l’enveloppe des subventions s’est élevé à 600 milliards de dinars! Du moins à court terme. Tel sont les grands enjeux de cette nouvelle loi des finances. A cela s’ajoute la décision prise par le chef de l’Etat d’augmenter les salaires des travailleurs , des enseignants, des pensions de retraites et l’allocation chômage et qui sera affichée dans la loi de finances 2023. A cet égard, grande fut la déception des travailleurs et des retraités à la lecture du niveau d’augmentation des salaires des fonctionnaires et des retraités décidée par la loi de finances et appliquée en 2022: de façon générale : entre 2000 et 6000 dinars. Ce scénario sera t-il reproduit à la faveur de l’adoption de la loi de finances 2023? Le chef de l’Etat lâchera-t-il du lest en décidant des augmentations de salaires beaucoup plus importantes. Comme réponse à la tendance fortement inflationniste actuellement : 9 % d’inflation en juin 2022 qui est train de laminer le pouvoir d’achat de la majorité des ménages. Mais là, le risque inflationniste est à l’inverse très grand avec ces augmentations des salaires sans contrepartie productive. La balle est dans le camp du gouvernement et des entreprises. Il faudrait que l’offre de produits et services augmente sensiblement pour éviter une nouvelle spirale de hausses importantes des prix. La relance de l’investissement avec le retour à la confiance et le déblocage des nombreux projets industriels à l’arrêt, la relance des unités industrielles fermées, la hausse de la production agricole. Autant de facteurs qui pourraient favoriser cette augmentation de l’offre.
Il faudra faire attention également au niveau des recettes et dépenses budgétaires dans la loi de finances 2023. Si les dépenses budgétaires augmentent au point de créer de nouveaux importants déficits budgétaires, on peut déduire que le gouvernement n’a pas abandonné sa politique d’expansion budgétaire poursuivie depuis nombreuses années qui est étrangère à la rationalité budgétaire affichée dans le discours officiel mais pas traduite sur le terrain. n