Véhiculé à travers les réseaux sociaux et parfois présents dans certaines manifestations sportives, notamment le football, le discours haineux a gagné en intensité et en récurrence ces derniers mois où des personnes usaient de divers supports pour déverser leur haine envers l’autre. Mais ce sont, surtout, des figures politiques et médiatiques qui se sont tristement distinguées sur ce registre jusqu’à susciter les craintes les plus légitimes des Algériens.

PAR NAZIM BRAHIMI
Ces irresponsables ont ainsi dangereusement tenté de dresser des Algériens les uns contre les autres en abusant des divergences idéologiques et de la pluralité identitaire.
Des dérives et des dérapages ont été enregistrés notamment sur la Toile dans l’impunité la plus totale. Il aura fallu l’injure du désormais ancien directeur de la Culture de la wilaya de M’sila contre la mémoire de Abane Ramdane pour signer l’urgence de mettre le holà.
Une dérive qui n’a pas manqué de faire réagir le premier magistrat du pays qui a instruit, en date du 13 janvier dernier, le gouvernement à l’effet d’élaborer un projet de loi «criminalisant toutes formes de racisme (…) et de discours de haine». Rendue nécessaire par la prolifération « ces derniers mois sur les réseaux sociaux», l’idée d’une loi pareille «intervient après avoir constaté une recrudescence du discours de la haine et de l’incitation à la fitna (discorde)», indiquait alors un communiqué de la présidence.
«Cette loi permettrait de faire face à ceux qui exploitent la liberté et le caractère pacifique du Hirak» en brandissant «des slogans portant atteinte à la cohésion nationale», avait ajouté la même source.
La tournure prise par l’usage de ce discours a dès lors mis l’Exécutif Djerad devant une autre urgence, d’où l’accélération des faits autour du projet de texte annoncé par le président de la République.
En effet, cet avant-projet de loi
de prévention et de lutte contre la discrimination et le discours de la haine a été présenté mercredi dernier par le ministre de la Justice, garde des Sceaux, Belkacem Zeghmati, à l’occasion de la réunion du gouvernement.
L’on apprend, à cet effet, à travers la communication des services du Premier ministère, que ledit projet, articulé autour de 48 articles de loi, considère discriminatoire «toute distinction fondée sur le sexe, la race, la couleur, l’ascendance, l’origine nationale ou ethnique, la langue ou l’appartenance géographique». Ce texte, dont l’annonce et les motivations ont été saluées par des acteurs politiques et défenseurs des droits humains, fera ainsi l’objet d’un examen et éventuellement de son adoption à l’occasion du Conseil des ministres que présidera aujourd’hui, le chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune.
Ce qui est certain pour l’heure, c’est que la question liée à la prolifération du discours de haine et sa menace sur la cohésion nationale bénéficie d’une attention très particulière des autorités publiques.
Un projet de loi visiblement davantage légitimé avec l’enregistrement de nouveaux cas de dérive enregistrés ces derniers jours. Le premier sur facebook qui vu un internaute tenter de dénigrer la mémoire de deux figures emblématiques de la révolution, à savoir Mohamed Boudiaf et Hocine Aït Ahmed, et le second, œuvre du Procureur de la République du Tribunal de Larbaa Sidi Moussa, dans la wilaya de Blida, qui a qualifié Abane Ramdane de «traître».
C’est dire combien ce texte arrive
à point pour mettre fin à toute sorte de dérive de nature à semer la discorde entre les Algériens. Pourvu que la loi soit appliquée dans toute sa rigueur. n