Des structures sanitaires à travers plusieurs régions du territoire national ont lancé une opération d’inscription d’une partie de la population cible, à savoir les malades chroniques et les personnes âgées de plus de 65 ans, pour se faire vacciner contre le nouveau coronavirus une fois le vaccin disponible. Mais cette opération n’est pas généralisée sur le territoire national et des spécialistes estiment que c’est une initiative certes louable, mais qui est prise au niveau local et avec une marge d’erreur probable, car pour pouvoir disposer d’un programmer solide et avoir une bonne visibilité, il faut d’abord que le vaccin arrive et que les quantités disponibles soient connues.

Il n’empêche que des polycliniques et Etablissements de proximité de santé publique (EPSP) à Beni Ounif, Béchar, et à El Bayadh ont lancé des appels à la population, l’informant de la démarche à suivre une fois les vaccins disponibles. «Dans le cadre de la campagne de vaccination qui doit débuter dans les prochains jours, les malades chroniques et les personnes âgées de plus de 65 ans sont priés de se rapprocher des services de soins au courant de la semaine afin de s’inscrire sur la liste de la campagne pour programmation», selon ces appels. Les personnes concernées doivent se présenter munies de leur dossier médical et d’une pièce d’identité, est-il ajouté.
Ce travail d’élaboration des listes des catégories prioritaires n’est pas observé partout dans le pays. Rien ne semble se faire dans ce sens dans les grandes villes par exemple où il y a une forte densité de la population et des niveaux de contaminations élevés au coronavirus, notamment à Alger, ou encore Blida, premier cluster de la pandémie dans le pays.
Pour pouvoir effectuer cette opération, il est nécessaire d’avoir une visibilité sur d’autres questions, assure le Dr Mohamed Yousfi, chef de service infectiologie à l’Etablissement public (EPH) de Boufarik, dans la wilaya de Blida. Il estime qu’«il faut d’abord avoir une idée sur le vaccin, sur sa disponibilité, ainsi qu’une instruction expliquant par qui commencer. On ne sait pas par quelle catégorie commencer parmi l’ensemble des catégories prioritaires. Cela doit être défini clairement par les responsables concernés afin de pouvoir ensuite dire aux gens de s’inscrire pour se faire vacciner». Ce praticien relève également qu’on ne sait pas encore comment doivent se faire ces inscriptions. «Est-ce en se déplaçant au niveau des structures sanitaires de vaccination ? Est-ce par internet comme cela se fait dans d’autres pays ?», se demande-t-il. Mais pas seulement, le Dr Yousfi, qui est également président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPSSP) soulève une autre question. «Lorsqu’on appelle les personnes prioritaires pour la vaccination et qu’on les porte sur une liste, on devrait, normalement, leur donner un rendez-vous pour se faire vacciner. Or en l’état actuel des choses, on ne sait pas encore quand est-ce que le vaccin sera disponible. Serait-on alors en mesure de leur donner un rendez-vous ? Sinon, comment a-t-on prévu de les contacter par la suite lorsqu’on sera prêt à les vacciner ?» Ce sont autant de questions qui restent à éclaircir, selon le Dr Yousfi, qui rappelle, dans ce cadre, que dans d’autres pays les gens prennent rendez-vous sur internet.
En outre, toujours sur le plan pratique, il faudra aussi que «des échéanciers bien définis» soient transmis à ceux qui auront la charge d’élaborer ces listes en précisant, par exemple, «les dates de début et de fin d’inscription pour la catégorie des plus de 65 ans, pour la catégorie des malades chroniques, pour celle des personnels de la santé, etc.», selon notre interlocuteur.
En somme, tant qu’il n’y a pas encore de calendrier de vaccination, il ne peut y avoir de visibilité, a-t-il estimé. «Il faut savoir quand l’anti-Covid-19 va arriver et quelles sont les quantités. C’est à partir de là qu’on pourra alors faire une programmation», conclut le président du SNPSSP.