Le président du Syndicat national des pharmaciens d’officine (Snapo), Dr Messaoud Belambri, a annoncé, hier, lors d’une conférence presse, le maintien de la grève nationale des pharmaciens d’officine en réaction «aux propos et la volonté affichée du ministre de la Santé de changer les fondements de la réglementation encadrant l’installation de pharmaciens d’officine sans aucune concertation avec le Snapo ou l’Ordre national des pharmaciens».

Par Sihem Bounabi
Tout en assurant que le service minimum sera assuré pour les citoyens, Dr Messaoud Belambri ajoute que des contacts ont été établis avec le ministère de la Santé. «On reste toujours ouverts au dialogue et à la concertation pour trouver des solutions qui tendent à préserver les équilibres et le fondement de la réglementation de la profession de pharmaciens d’officine», a-t-il indiqué. Il précise à ce sujet que «ce qui nous a surpris dans les déclarations du ministre, qui a parlé de résistance de notre part, c’est que nous n’avons jamais travaillé sur ce texte qu’il compte publier prochainement. On l’a démenti ainsi que l’Ordre national des pharmaciens d’officine», soulignant : «On est d’accord pour travailler sur la révision de ce texte à condition que cela se fasse dans la concertation.» Il a rappelé le tollé et la vague d’indignations de toute la corporation des pharmaciens, en confiant que «l’inquiétude est réelle car l’ensemble des mesures annoncées menace la stabilité de tout un secteur, mais est aussi considéré comme une forme de mépris vis-à-vis de la profession», regrettant que l’on donne à une «professions de santé un aspect purement commercial à but lucratif». Il enchaîne ainsi que «ces propos sont très graves et notre réaction s’inscrit dans notre rôle en tant que syndicat représentant la profession et veillant à la préservation des fondements de la réglementation de la profession».
Le conférencier souligne que ce n’est pas seulement le Snapo qui s’est indigné, mais également les autres organisations pharmaceutiques, à l’instar du Conseil de l’ordre national des pharmaciens, des distributeurs, des producteurs, des opérateurs et même de certains députés qui ont fait des courriers officiels pour dénoncer cette volonté de porter atteinte à la réglementation. Il explique ainsi que la déstructuration du maillage des pharmaciens d’officine aura «un effet dominos» et «ce sera une cascade de déstructurations de tout le secteur», estimant que c’est pour cette raison que «les opérateurs économiques et les distributeurs ont réagi et apporté leur soutien à notre mouvement de contestation, bien que souvent on n’est pas d’accord et on ne partage pas les mêmes avis».

«Un danger réel de détruire toute la filière»
Assurant qu’«avec la logique du ministère de la Santé il y a un danger réel de détruire toute la filière pharmaceutique».
Il se désole ainsi que l’«on ne comprend pas que cela vienne d’un ministre de la Santé, censé être garant des fondements du fonctionnement d’une profession de la santé» et estime que «c’est une tentative de passage en force et une politique de la terre brulée». Martelant que «d’un coup, on veut mettre de côté toutes les valeurs et les principes qui encadrent la profession pour instaurer l’anarchie».
Le président du Snapo martèle ainsi à plusieurs reprises que «la profession de pharmacien est une profession de santé à vocation de santé publique avec une éthique et un code déontologique». Dans sa plaidoirie pour défendre la corporation, Dr Messaoud Belambri réfute le fait que la loi n’a pas changé depuis 2005 comme l’a déclaré le ministre de la Santé à l’APN. Il précise à ce sujet que des changements ont eu lieu en s’acclimatant avec la réalité du terrain avec l’ouverture de pharmacies dans des nouvelles zones géographiques «selon les besoins de la population, comme cela s’est fait dans les zones enclavées, rurales et même dans certaines cités AADL où la nécessité s’est fait ressentir».
Il précise à ce sujet que la loi existe depuis le 20 décembre 1993 et en 2005, il y a eu révision par arrêté ministériel, ensuite il y a eu plusieurs changements au fil des années notamment, avec la circulaire des zones enclavées en 2006, ensuite, il y a eu plusieurs notes ministérielles comme celle de la création de commissions, en 2014, et de nouveaux arrêtés ministériels en 2019. Il précise également que «le ministre lui-même a signé, en août 2021, un nouvel arrêté ministériel».
Par ailleurs, le président du Snapo réfute également les accusations de blocages en affirmant que «les chiffres parlent d’eux-mêmes». «Je cite ceux du Centre national du registre du commerce (CNRC). Depuis 2006, 4 500 officines ont ouvert, en 2021, il y a eu la création de 488 pharmacies, dont une centaine seulement à Alger». Il insiste dans ce sillage : «Nous participons dans les commissions mixtes de wilaya qui regroupent le Conseil national des pharmaciens, les directions de santé publique et, pour cette année, des centaines d’officines vont également ouvrir. Mais, ceci, en faisant un travail de terrain pour voir les possibilités d’ouverture d’officines malgré la saturation.» Concernant l’appel au président de la République, lancé sur les réseaux sociaux pour soutenir la démarche du ministère de la Santé, le président du Snapo réplique : «Ceux qui ont fait cet appel sont un groupe qui n’a aucune existence officielle.» Il ajoute que le danger de cette libéralisation des pharmaciens d’officine est également un «danger pour ces nouveaux arrivants qui seront mort-nés dans le contexte du chaos que l’on veut instaurer à travers cette démarche». Il explique également que la profession des pharmaciens d’officine n’est pas la seule qui est régie par la réglementation, tels que les notaires, les huissiers et les comptables, en précisant que «ces derniers font des concours tous les 10 ans pour l’ouverture de 60 postes et pourtant, ils comptent eux aussi des milliers de diplômés». Estimant que «ce n’est pas parce qu’il y a des diplômés en surnombre que l’on va ouvrir de nouvelles officines à leur demande, on ouvre des officines selon les besoins réels de la population et selon des normes».