La Cinémathèque algérienne a abrité, avant-hier soir, l’avant-première du court métrage «le Dernier mot» (kalima el akhira) réalisé par le jeune talentueux Youcef Bentis et produit par Mourad Khan sur un scénario de la Saoudienne Afnane Lenjaoui.

Ce film, qui a impressionné les nombreux présents, est inspiré du cinéma hollywoodien et plus encore de l’esthétique du célèbre film américain «Joker». Le film du jeune réalisateur de Relizane, évoque Chadi Moez, un écrivain de génie, qui souffre de dépression sévère. Ce personnage principal avait suivi des études universitaires, avant de se diriger vers le monde du cinéma et se fait une carrière en écrivant des romans et des fictions. Mais, un jour, son esprit déraille et sombre dans une profonde nuit noire de l’âme. Ainsi, durant 15 minutes, ce film dans le genre science-fiction relate la réalité marquée par l’instabilité et la pression mentale que vivent l’artiste et la société algérienne à travers le vécu du personnage du scénariste. Les cinéphiles présents ont également partagé durant cette projection, certes courte, mais intense, les aspirations et les difficultés que traverse cet artiste afin de mener à bien sa mission. Le court métrage aborde la critique du métier de producteur en faisant ressortir que le premier but de ce personnage avide d’argent n’est pas la qualité du produit cinématographique, mais le sponsoring, accentuant ainsi le mal-être profond que vit le personnage principal. En outre, le public a également apprécié la touche philosophique du film, illustrée notamment par la séquence où l’on voit, par exemple, trois rois d’un jeu de cartes, à savoir le roi de cœur, de pique ou encore de carreau (diamants), qui illustrent les différentes personnalités reflétant les trois personnages principaux du film, à l’instar du comédien, du scénariste et du producteur (en voix off). Dans une autre séquence est mis également en évidence « le Cri », le fameux tableau mondialement connu du peintre norvégien Edvard Munch, qui incarne, selon le réalisateur, la profonde dépression que traverse le scénariste. Youcef Bentis souligne à ce sujet que « la dépression et l’état mental du personnage principal, en l’occurrence le scénariste, est la pièce maîtresse de ce film. Si un changement se produit dans le film, cela passe d’abord par lui», dira-t-il dans son explication du film. Le réalisateur confie également qu’il aurait souhaité que la scénariste saoudienne soit présente pour parler en profondeur de la thématique du film, mais «elle n’a pu assister à cette avant-première pour un problème de l’obtention de son visa ». Lors du débat qui a suivi la projection, l’assistance s’est plainte de la courte durée du film. «J’aurais aimé que le film dure plus longtemps. J’ai apprécié les énigmes et surtout la signification des cartes que le réalisateur a introduites. Je n’ai aucun lien avec le cinéma mais mon souhait est de voir plus de produits cinématographiques de cette sorte», déclarera l’un des présents. Durant le débat, le réalisateur a affirmé que « ce film est destiné à une catégorie de critiques cinématographiques et à une certaine catégorie de festivals internationaux. Car je veux vraiment laisser mon empreinte dans le monde cinématographique». Il confie également aux présents les conditions de tournage et le financement de ce court-métrage : «Ce film a été réalisé avec zéro budget et en cinq jours de dur labeur. » Enchaînant : «Nous n’avons pas voulu nous réfréner à cause du besoin de sponsoring afin d’éviter de retarder la réalisation de cette œuvre. Au-delà des questions d’argent, ce que je désire vraiment c’est de se faire un nom à l’international et pourquoi pas se faire remarquer par de grands producteurs pour pouvoir réaliser des œuvres encore plus importantes». Le jeune réalisateur de Relizane a aussi annoncé, à l’occasion de la rencontre avec le public, qui a suivi cette projection : «Je prépare mon cinquième court métrage, dont le tournage débutera dans deux mois. Il y aura toute l’équipe de ce film, dont Mourad Khan ainsi que d’autres noms connus». Mourad Khan, le producteur du film, a pour sa part exprimé sa joie d’avoir participé à ce projet, en déclarant que «sincèrement, je suis très heureux, de constater que le film a plu au public. C’est un jeune réalisateur qui connaît son métier et le cinéma. Je l’ai aidé avec le peu de moyens que je possède, mais c’est un type qui le mérite et je souhaite à toute l’équipe encore pleins de succès».