Le long métrage «Bataillon», du réalisateur russe Dmitri Meskhiev, a été projeté, jeudi passé, à la salle El Mougar, dans le cadre de la compétition catégorie Fiction du 8e Fica, en présence de son réalisateur qui a mis en exergue l’histoire oubliée de ce bataillon de femmes qui a existé, en 1917, à la fin de la Première Guerre mondiale, dans une période compliquée de l’histoire russe

La réalité complexe du bataillon des femmes russes, commandé par Maria Bochkareva, qui avait fait ses preuves au combat en rejoignant l’armée russe, en 1914, était au cœur du long métrage de fiction «Bataillon », projetée jeudi passé dans le cadre du 8e Festival international du cinéma d’Alger (FICA) dédié au film engagé. Ce film, qui a décroché une trentaine de prix à travers le monde, est basé sur des faits réels occultés et oubliés par l’histoire officielle car il met en relief la complexité de la réalité du terrain en 1917. En effet, réalisé en 1917, après l’abdication du tsar Nicolas II, les troupes russes du front ne veulent plus combattre, leur seul objectif est de rentrer auprès de leurs familles. Le gouvernement provisoire, présidé par Kerenski, donne l’ordre à Maria Bochkareva, cette femme courageuse, de créer à Saint-Pétersbourg son propre bataillon de femmes volontaires qui sera surnommé «Le bataillon de la mort». Ces femmes auront comme objectif de galvaniser le moral des soldats et qu’ils aient honte de leur lâcheté en leur montrant l’exemple. Le film transpose sur grand écran l’histoire de ce bataillon, en suivant pas à pas sa formation et son entraînement au combat. Avec une direction d’acteurs remarquables, à travers des séquences qui relatent la dure réalité de la formation militaire dans des plans émouvants. Ces femmes, qui ont choisi de combattre, réussiront malgré leur fragilité et leurs craintes, leur examen final et obtiendront l’ordre d’aller sur le champ de bataille. Mais sur le terrain, leur premier souci n’était pas l’ennemi, mais leurs frères combattants qui vont les maltraiter et les humilier quotidiennement. Mais, relevant le défi, et armées de leur courage, elles affronteront la lâcheté de leurs compatriotes véreux et combattront vaillamment les Allemands. Ces femmes vont ainsi gagner leur double combat. Mais, ironie de l’histoire, après la Révolution d’Octobre, chacune d’elles va connaître des fortunes diverses, dont la plus tragique est celle de Maria Bochkareva, qui sera exécutée par la Tchéka, à Krasnoïarsk, en 1920.

1917, la pire année !
Juste après la projection du film, une séance-débat a été programmée avec le réalisateur qui a déclaré que ce film a été produit en 2014 pour le centenaire du début de la Première Guerre mondiale. Il précisera : «Les événements que vous avez vus sont à 90% vrais. Ils relatent en outre ce qui s’est réellement passé en 1917. C’était l’une des périodes les plus compliquées et difficiles de l’histoire russe, c’est-à-dire une période entre les deux grandes révolutions. » Concernant ce fait occulté de l’histoire russe, il estime que «c’est vrai qu’en Russie, nous avons beaucoup parlé de la Seconde Guerre mondiale, mais en ce qui concerne la première, je peux dire qu’elle est un peu mise en écart. Nous n’avons pas de films qui parlent sur cette période». Il a ensuite parlé de la séquence terrible de la rencontre de Mme Bochkareva avec son ex-mari au front, qui la bat et l’humilie publiquement. Cela paraît comme une fiction, mais c’est un fait véridique qui a pu être vérifié grâce à des documents d’archives. «Nous avons fouillé dans tous les archives, pour être au plus proche de la réalité. Et nous avons découvert beaucoup de vérités sur cette période ». Précisant toutefois que «nous avons juste changé le caractère de Bochkareva, car elle était hyper cruelle et impulsive ». « La vraie personnalité de cette femme, c’est qu’elle croyait que toutes ces combattantes devaient sacrifier leur vie pour la patrie. Elle se permettait de les frapper et de les punir d’une façon très dure », a-t-il expliqué. A propos des séquences du film où le réalisateur a utilisé des pellicules d’archives de ce bataillon de femmes au combat, M. Meskhiev confie : «Nous avons trouvé ces pellicules dans les archives françaises. Elles montrent des images de ces femmes qui se battent contre l’ennemi et c’était important pour nous de les introduire dans le film, car ce sont des images rares.» Il explique également concernant les conditions de tournage et des séquences qui se voulaient réalistes : «Nous avons eu quelques craintes, car dans la scène d’attaque, nous avons filmé sous la pluie où on voit ces combattantes porter les masques à gaz. Nous avons utilisé des baïonnettes réelles sur leurs armes et j’ai prié pour que rien ne se passe. Cette scène vraiment était très dangereuse. » Ajoutant que «la chose qui a été aussi la plus difficile durant le tournage, c’est de voir ces deux cents actrices se raser les cheveux en vrai. Je peux vous dire qu’elles ont toutes été en larmes». Selon M. Meskhiev, ce film a été bien accepté par le public et critiques russes, mais controversé chez les politiciens, affirmant que «la majorité des critiques du cinéma et les journalistes russes ont beaucoup écrit sur le film. Mais les opinions des politiciens ont été totalement opposées, certains disaient que c’était du militarisme et d’autres du pessimisme ». Poursuivant : «Par contre, en Allemagne, le film a été très bien reçu. Le public a été très ému. Ce qui, d’ailleurs m’a étonné. Je leur ai même demandé pourquoi vous avez autant apprécié le film ? Ils m’ont répondu par un slogan qui dit «cent ans de temps pour pardonner et cent ans est le temps pour oublier».