Le documentaire intitulé «Objectif Hirak», réalisé par le journaliste Redha Menassel, produit pour le compte de Mediapart, qui en partage déjà une version courte sur ses réseaux Internet, a été présenté, samedi dernier, en avant-première nationale au bureau d’Alger d’Amnesty International.

Le documentaire, qui retrace de manière chronologique les grandes étapes politique et sociale d’une année de manifestations en Algérie, prend surtout le point de vue de cinq photographes, amateurs et professionnels, qui nous font découvrir, durant près de 30 minutes, certaines de leurs photos tout en partageant leurs nombreux souvenirs et témoignages.
«Objectif Hirak» apparaît ainsi comme un retour prédominant sur le terrain des manifestations des photographes, dès les débuts du mouvement populaire. Le réalisateur, précisant en substance que «l’image avait fait ce que les journalistes n’ont pas fait», tout en déclarant lors de cette projection que «les photographes ont été les héros de ce Hirak». Le réalisateur, lui-même journaliste à la Chaîne III de la radio nationale, nous explique à propos de la réalisation du film que c’est suite au fait «que l’on a cassé mon enregistreur et que la police a brisé l’objectif et effacé la carte mémoire de l’appareil photos d’une amie photojournaliste». Il s’agit dès lors pour lui de recueillir les témoignages de ceux qui ont documenté le Hirak, notamment lors des toutes premières manifestations «quand les journalistes étaient très peu nombreux». Il a également travaillé avec ceux qui ont réalisé les premières et impressionnantes prises de vue aériennes des manifestants.
Ainsi, le film qui reste néanmoins relativement court, d’une durée de plus de trente minutes, n’aborde que certaines des «grandes étapes» de cette manifestation populaire, partagée en plus des vidéos prises par le réalisateur, des clichés et souvenirs de Dihia Gaci, Sofiane Bakouri, Ahmed Aït Issad, Mohamed Bouzidi et Midou Baba Ali. «En fait, le film est axé sur le ressenti, les témoignages, le travail… sur ce que pensent les cinq photographes que l’on met en avant. Et j’espère ne pas avoir trahi leurs propos, le réalisateur n’est ici qu’un passeur, un facilitateur», explique Redha Menassel. Quant à la thématique centrale, celle du «Hirak» qui constitue le «fond du documentaire, «soumissionné et accepté» par Médiapart, il s’agit, comprend-on, du rôle et de la puissance de l’image à un moment où les autres médias étaient relativement absents. «J’ai voulu mettre en lumière le travail de ces photographes, j’estime qu’ils sont les héros, ils ont volé au secours de notre profession de journaliste et de toute la corporation. Je le répète, quitte à me faire des ennemis, tous les journalistes n’ont pas été à la hauteur de cette révolution. Pour plusieurs raisons sûrement, mais c’est un fait. Il est nécessaire que la corporation fasse son autocritique». La force de ces images ayant, par ailleurs, été pour le réalisateur l’un des importants éléments de la réussite du mouvement, estimant que «c’est aussi parce que tout le monde a vu ces images illustrant le pacifisme des manifestants et des policiers aussi, vu que toutes les catégories était dans la rue durant les premières marches, que nous sommes passés de centaines de milliers de personnes à des millions de manifestants», soulignant que «volontairement ou non, ces photos ont clairement remporté la ‘guerre de l’image’». Documentaire qui a aura également été réalisé en «un temps record» et dont la sortie marque aujourd’hui «l’An I» du mouvement populaire. «Objectif Hirak» pourrait également avoir prochainement une «suite» sous la forme d’une nouvelle version de 52 minutes, nous précise le réalisateur. Redha Menassel ajoute qu’il espère maintenant organiser d’autres projections et débat au sujet du rôle des photographes. «On espère réaliser un film de 52 minutes, mais dès maintenant je reste disponible pour l’organisation de projections, auprès des cinéclubs ou lors d’autres occasions. En fait notre but est que le film soit un moyen de susciter le débat».