L’Institut Cervantès d’Alger invite les cinéphiles et le grand public à assister à la projection du film documentaire colombien «El Silencio de los fusiles» (Le silence des fusils) de Nathalia Orozco, une œuvre magistrale sur la question des Farc et de l’accord de paix entre la guérilla et le gouvernement en Colombie.
Le film, d’une durée de 120 mn, est projeté en langue espagnole et sous-titré en français et entre dans le cadre du 1er Festival du film ibéro-américain organisé par l’ambassade d’Espagne en Algérie et l’Institut Cervantès d’Alger, qui se poursuivra, avec des projections prévues chaque jeudi, jusqu’au 2 avril prochain.
Fruit de quatre années d’intense travail d’enquêtes sur le terrain, dans ce documentaire, la réalisatrice aborde les enjeux de la construction de la paix pour la Colombie après plus de 50 années de conflit armé colombien.
La réalisatrice a ainsi interviewé tant le Président colombien Juan Manuel Santos, qui a basé sa campagne politique sur la promesse de la mise en place de la paix, que les principaux leaders du mouvement des Forces armées révolutionnaires de Colombie, comme Timoleón Jiménez, le signataire de l’accord de paix de 2016, ou encore Iván Márquez. Nathalia Orozco, a également comme angle d’approche le point de vue des victimes du conflit, en mettant en avant les problématiques de justice et de réhabilitation.
Mêlant des extraits d’entretiens qu’elle a menés, face à face, avec les protagonistes des discussions de paix entamées à La Havane, en février 2012, dans le plus grand secret et des images d’archives ou d’actualité, Natalia Orozco propose un récit, ponctué d’éclairages ou de commentaires à la première personne. Ce «je» en voix off lui permet de partager ses doutes et ses espoirs avec le spectateur.
Le film suit chronologiquement l’évolution du chantier, au fil des avancées et des trébuchements des débats, apportant à chaque fois l’éclairage des deux parties : la mort au combat d’Alfonso Cano, grand chef des Farc, dans le Cauca en novembre 2011, alors que les pourparlers exploratoires avec l’organisation avaient déjà été engagés et la rage contenue de Pablo Catatumbo, très proche d’Alfonso Cano, revoyant l’annonce de son décès à la télévision ; la mort de 11 soldats tués par les Farc, en avril 2015, toujours dans le Cauca, qui exaspère ou désespère une opinion publique qui croyait que la paix était à portée de mains ; ou encore l’enlèvement fin 2014 d’un général de l’armée colombienne.
Il est à noter que pour mieux comprendre l’un des conflits qui a marqué l’histoire contemporaine de l’Amérique latine, le documentaire aborde le point concernant la réforme agraire, afin de rappeler dans quelles circonstances historiques furent créées les Farc, alors que la Colombie était entrée dans une spirale meurtrière, appelée La «Violencia», après l’assassinat de Jorge Eliezer Gaitan, leader politique charismatique de gauche, en avril 1948. Là, la réalisatrice part en quête d’un des plus anciens guérilleros des Farc, aujourd’hui retiré à La Havane, Jaime Guaracas. On le voit aussi aux côtés d’un des fondateurs de la guérilla, Jacobo Arenas, dans une archive de 1983.
Il est à noter que depuis sa projection dans de nombreux festivals internationaux et aussi dès sa projection en Colombie, le documentaire de la réalisatrice colombienne engagée a connu de nombreux succès suscitant l’admiration pour une œuvre qui démontre que «la mémoire d’un pays se construit de façon polyphonique et tous ces récits participent à sa construction».