En présence de Michael Lonsdale, incarnant avec émotion et plein d’humour l’émouvant docteur frère Luc, du monastère de Thibirine, «Des Hommes et des dieux », réalisé par Xavier Beauvois, a été projeté samedi en soirée à l’IF d’Alger, mettant en lumière sur grand écran le message humaniste toujours d’actualité sur la liberté du choix d’être des hommes libres et le dialogue inter-religieux.

«Merci d’être venus aussi nombreux. C’est toujours émouvant pour moi de revoir ce film. Car cela a été plus qu’un film dans ma vie. Cela a été le bonheur d’incarner un homme extraordinaire dévoué à l’humanité. Le frère Luc a été amoureux du genre humain, c’est pour cela qu’il a secouru des gens de tous bords même pendant la guerre de quarante. Il disait que ce n’est pas le costume qui m’intéresse mais le corps», déclare Michael Lonsdale devant une salle archicomble, samedi dernier à l’Institut français d’Alger (IF) à la projection du long métrage de deux heures « Des hommes et des dieux », réalisé par Xavier Beauvois. Michael Lonsdale ajoute : «Ce n’était pas juste un rôle. C’est un plaisir et c’est toujours impressionnant de jouer le rôle d’un homme dont l’esprit est encore là. » Et cela se ressentait tout au long de la projection qui a redonné vie sur grand écran au quotidien des sept moines français installés dans le monastère de Tibhirine, dans les montagnes de l’Atlas, où sont enlevés par le Groupe islamique armé (GIA), le 26 mars 1996, sept moines. Deux mois plus tard, après l’échec des négociations avec l’Etat français, le GIA annonce leur assassinat. Leurs têtes seront retrouvées le 30 mai 1996.
La présence de Michel Lonsdale dans la salle donne encore plus d’émotion à cette projection pétrie d’un esprit de recueillement. Les nombreux présents ont suivi l’histoire de frère Luc et ses compagnons qui ont dévoué leur vie à l’amour du prochain et de Dieu. Le film est toujours d’actualité, car il pose la question de la liberté au sens profond du terme, celle de « l’homme libre » et aussi du dialogue interreligieux ou catholiques et musulmans vivant en harmonie dans le respect mutuel et la connaissance de l’autre avant que ne survienne l’hydre terroriste.
Ainsi dans ce film, loin du brouhaha d’une affaire qui a fait couler beaucoup d’encre, le réalisateur s’est concentré sur le quotidien tout en intériorité, le questionnement de la foi des êtres humains, sur le sens du sacrifice, du dévouement, du courage et des motivations humanistes. Ceci en faisant ressortir ce qu’il y a de plus profond chez l’être humain. Sur le sens du devoir au péril de sa vie et la sérénité de mettre sa vie au service des plus humbles. Un défi de garder cet idéal face au chaos et à la mort. Un film solaire dans une période bien sombre. Une ode à la liberté et à la fraternité. La bonté des moines, leur respect de l’islam, leur bienveillance font de la religion un acte de liberté et d’amour.
La liberté de l’homme est explorée par le sens que l’on veut donner à son parcours de vie et aussi la liberté du choix dont le fameux dilemme « partir ou rester » pour les moines. Michael Lonsdale incarne frère Luc, dont la force de caractère, en contraste avec la fragilité de sa santé, fait rejaillir sur grand écran toute cette densité de liberté et d’amour. Dans la sobriété du quotidien, c’est le médecin frère Luc qui sort des phrases teintées d’humour, illuminant les visages de sourires. C’est aussi lui, qui soigne depuis près d’un demi-siècle jusqu’à une centaine de malades qui défilent au dispensaire du monastère. Le concept lucide de la liberté, il l’exprimera aussi lors de la scène du dialogue avec son prieur, où il quitte la pièce en le regardant avec un sourire moqueur : « Laissez passer l’homme libre. »
Cette liberté est aussi une expression du véritable amour de Dieu et du concept du libre arbitre, ce don divin. Le film est aussi pétri par la définition de l’amour inconditionnel dans son sens le plus profond, celui qui transcende toute logique individualiste et matérialiste. Après les interrogations, les doutes, les peurs et les remises en question illustrant la fragilité de la nature humaine, les moines décident de rester par amour de Dieu, par amour des hommes. Comme l’avait dit le père Foucault : « On n’aimera jamais assez ». Le prieur du monastère, Christian de Chargé, interprété de façon sublime par Lambert Wilson, avait aussi affirmé « qu’il faut aimer ses ennemis, qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie ».
Amour de cette terre et de cette nature, amour des Algériens dans le respect de la foi musulmane, dans la compréhension mutuelle, l’entraide et le partage des joies et des peines. Et même l’amour de son ennemi et le pardon au-delà de la mort tel que le décrit l’ultime message du prieur Christian de Chargé, qui avait écrit que « le Verbe s’est fait frère ».
Un langage résonant par-delà les cieux comme une invitation au dialogue inter-religieux guidant le regard vers l’essentiel : l’amour inconditionnel, la fraternité comme projet de vie et la foi en la bonté humaine et divine.