«C’est à un programme qui nous prive carrément d’eau auquel nous sommes désormais soumis et non à un plan de rationnement qui concerne toute la wilaya d’Alger. Ici, les restrictions n’ont pas commencé aujourd’hui, et les coupures non annoncées datent de plusieurs années. Mais là, ça devient carrément intenable.»

Par Feriel Nourine
«On nous annonce qu’avec le nouveau programme, on aura de l’eau de 8H à 16H un jour sur deux, mais depuis samedi à 16H, on n’a plus aucune goutte au robinet. Aujourd’hui, c’est notre tour, et à 13H, on attend toujours que les responsables concernés ouvrent les vannes !» C’est en ces termes, qui mêlent colère et désappointement, ras-le-bol et impuissance, qu’un citoyen racontait, hier, le quotidien sans eau vécu dans une commune sur les hauteurs d’Alger, soumise depuis samedi, à l’instar de toutes les autres communes de la capitale, à un programme de rationnement dans la distribution de l’eau potable mis en place par la Seaal sous la tutelle du wali.
«On nous parle de barrages qui sont pratiquement vides, d’un fort recul des ressources hydriques à travers le pays, puis on nous impose un programme qui nous fait replonger dans les années 1970 et 1980. On l’accepte malgré nous, puis, on décide de nous programmer en conséquence en changeant même nos habitudes, mais on découvre que même pour quelques heures d’eau au robinet sur 48 heures, ils n’arrivent pas à respecter leur engagement. On est déroutés !», enchaîne un autre citoyen à propos d’un liquide précieux et vital dont tout le monde parle au rythme d’une raréfaction qui se fait de plus en plus sentir. Conséquences, la vie au foyer change, les repères se perdent et les horaires n’ont plus de sens temporel. On ne dort pas la nuit pour entendre le robinet siffler, et lorsqu’on dort, on est réveillé par le même robinet qui siffle longtemps avant que sa majesté l’eau daigne se manifester. On ne fait plus les choses selon le déroulement et les besoins de la journée, mais plutôt en tentant de s’adapter à un programme qui fait tout basculer, notamment en cette période estivale où la demande en eau augmente systématiquement. Le mécontentement est général et dans la quasi-totalité des communes algéroises. A l’exception peut-être chez les privilégiés dont les robinets coulent à flots et sans interruption, en comptant sur les réserves inépuisables de la bâche à eau, très en vogue dans les habitations individuelles bâties durant les deux dernières décennies.
Abordés par l’APS, de nombreux Algérois se sont plaints que les horaires annoncés n’ont pas été «respectés», ce qui a impacté négativement leur quotidien. Du côté Ouest de la capitale, et plus précisément à la cité des 1 000/Logements-El Qaria, commune de Zéralda, les citoyens pâtissent de la même situation, à l’instar du reste des communes d’Alger. En effet, la cité connaît, selon ses habitants, de grandes perturbations dans l’alimentation en eau potable depuis près de trois mois, une situation qui a empiré ces derniers jours. La même situation est vécue au niveau de la cité des 143/Logements à Ouled Belhadj, dans la commune de Saoula. La souffrance est la même pour tous les citoyens habitant les étages supérieurs, où l’eau est devenue rare et les robinets sont à sec depuis des jours, indique Rachid, un habitant du quartier, soulignant que tous les appels qu’il a faits sur la ligne verte de la société Seaal n’ont apporté aucun résultat.
Les quartiers AADL d’Alger sont également touchés par cette perturbation dans l’alimentation en eau. A l’exemple de la cité Yazid-Zerhouni (les Bananiers), dans la commune d’El Mohammadia, qui figure parmi les quartiers où les habitants souffrent le martyre en raison des coupures d’eau incessantes, une situation qui a empiré depuis près d’un mois, selon de nombreux citoyens approchés par l’APS.
Depuis l’annonce par les services de la wilaya d’Alger et la Seaal du programme d’urgence d’approvisionnement des quartiers d’El Mohammadia en eau potable, à l’instar des communes de la wilaya, les habitants de la cité des Bananiers disent que le programme annoncé n’est pas respecté et que l’approvisionnement des bâtiments n’est pas équitable. Dimanche, ces habitants étaient contents d’être approvisionnés en eau potable, même à faible pression, une joie vite interrompue par une coupure vers 11H. Pour les gérants du quartier, il ne s’agit pas de la Seaal, mais plutôt de la station de pompage de la cité qui enregistre des problèmes techniques.
«Le wali n’a jamais dit que le citoyen aurait de l’eau de 6H à 18H»
Pour justifier le non-respect des horaires d’alimentation en eau fixés par le programme de rationnement, le Directeur des ressources en eau (DRE) de la wilaya d’Alger, Kamel Boukricha, tente d’expliquer selon sa vision les propos tenus par le wali d’Alger concernant la plage horaire d’AEP.
Alors que tous les Algérois ont compris ce qui devait être compris à travers ledit programme, le responsable concerné considère, mais sans le dire, qu’il y a eu erreur de compréhension, en ce sens que «le wali n’a jamais dit que le citoyen aurait de l’eau de 6H du matin jusqu’à 18H, mais plutôt entre 6H et 18H, ce qui change tout», a-t-il dit à l’APS. Ce qui signifie, selon lui, que certains habitants auront de l’eau pendant six heures, d’autres pendant sept heures alors que pour une partie de la population l’eau ne coulera plus dans les robinets au bout de deux heures. Ainsi, les habitants des appartements situés au rez-de-chaussée auront de l’eau dans leurs robinets plus tôt que ceux qui sont au 5e ou 10e étage. Plus on habite près du château d’eau, plus on est alimenté rapidement. Par ailleurs, l’efficacité d’application du programme d’urgence est réduite par une consommation irrationnelle de cette ressource, constatée les deux premiers jours de ce programme, a souligné l’intervenant, regrettant qu’une bonne partie des citoyens s’est orientée à «monopoliser l’eau» à travers un stockage excessif.
«Au vu de l’utilisation irrationnelle de l’eau dont font preuve certains citoyens, même toute l’eau du monde ne suffirait pas à satisfaire la demande», a argué M. Boukricha. Pour lui, le problème du faible débit de l’eau dont se plaignent les citoyens de certaines localités de la capitale (Bachdjarah, Bouzaréah, Birkhadem, Bab Ezzouar, Bordj El Kiffan, Aïn Naadja…) est lié au fait que les locataires des étages inférieurs des immeubles ne ferment pas leurs robinets durant toute la plage horaire qui est réservée à leur quartier.
Il a fait savoir, en outre, que l’apport des 3 stations de dessalement qui devraient entrer en production dans les mois prochains (entre juillet et août, selon le ministère des Ressources en eau) ne suffirait pas avec le niveau de consommation actuel à couvrir le déficit dont souffre la région d’Alger et ses environs, estimé, selon lui, à 475 000 m3/jour. n