Le protocole sanitaire mis en place par le Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus (Covid-19) pour la reprise de l’activité du secteur des transports en commun et le transport par taxi ne semblent pas du goût des transporteurs privés.

Qu’ils soient propriétaires de bus ou de taxi, ils sont nombreux à dire que les mesures les concernant sont contraignantes. Ils estiment que les conditions de reprise de travail qui leur sont édictées ne sont pas favorables à une reprise. Par exemple, les taxieurs se demandent, entre autres, «pourquoi ne prendre qu’un seul client ?» et «pourquoi le nettoyage des portières après chaque course ?».
Les autres mesures pour l’ensemble des transporteurs ne sont pas non plus bien accueillies, notamment par transporteurs par bus privés, comme la mise à disposition des clients du gel hydro-alcoolique qu’ils estiment être une dépense qu’ils ne sont pas en mesure d’assurer sans un accompagnement de l’Etat. Nombre d’entre eux ont déclaré qu’ils ne sont pas prêts à reprendre le travail dans ces conditions. Ce qui n’a pas été sans se répercuter sur les commerces qui n’ont pas connu le flux auquel ils s’attendaient après le déconfinement progressif et de, surcroît, après l’autorisation de la reprise des transports en commun.
Approché à propos des mesures considérées «contraignantes» par les transporteurs de bus et par les chauffeurs de taxi, Dr Mohamed Bekkat Berkani, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus (Covid-19), met en avant «la sécurité sanitaire avant tout». «Ils estiment que les conditions de reprise de travail qui leur sont édictées ne sont pas compatibles avec leur situation économique. Mais il faut qu’ils comprennent que c’est un cas de force majeure pour éviter la transmission du virus. Proposer une reprise d’activité économique de ces transporteurs et taxieurs, il est clair qu’elle doit être accompagnée d’un protocole sanitaire comprenant les mesures préventives liées à la nature de leur métier», a déclaré Dr Bekkat Berkani.
Il a également soutenu qu’«au début de chaque déconfinement progressif, il y a des précautions que tout le monde doit prendre pendant un certain temps. Ce ne sera pas ad vitam æternam. Tout le monde doit supporter pour quelques jours encore les mesures qui s’imposent».
Il étaye ses propos en réitérant que «la pandémie n’est pas derrière nous» et que «le virus circule encore dans notre pays, ce n’est pas fini». Et tant que cette situation est toujours d’actualité, a-t-il ajouté, «les transporteurs dans leur ensemble, qui sont en contact permanent avec de nombreuses personnes par jour, doivent obligatoirement se soumettre au protocole, tout comme tous les autres métiers et professions qui reprennent leurs activités, car il faut qu’ils comprennent qu’il s’agit d’un problème de santé publique».

Le risque d’une deuxième vague
Il expliquera, par la suite, que «le protocole sanitaire a été élaboré de façon scientifique» et «n’a d’autre objectif que de limiter la propagation du coronavirus et non de gêner les gens dans leur travail». Se faisant plus ferme, il déclare qu’«il n’est pas question de transiger en matière de santé publique», et explique que le non-respect des protocoles et mesures de prévention peut devenir «une atteinte à la vie publique». Et au Dr Bekkat Berkani d’expliquer que «nous sommes dans un état d’urgence sanitaire. Si chacun y met du sien, fait tout ce qu’il faut pour se protéger et protéger les autres, le déconfinement total arrivera plus vite pour tout le monde. Ce n’est que pour un temps».
Les manquements cumulés en termes de respect des mesures de prévention et des protocoles peuvent avoir des conséquences que les gens ne mesurent pas, dont le risque d’une deuxième vague comme cela s’est produit en Chine, a tenu à souligner le membre du Comité scientifique. En effet, alors qu’aucun nouveau cas n’a enregistré été dans la capitale depuis avril dernier, Pékin a vu de nombreux de nouveau cas de Covid-19 apparaitre ces dernier jours et l’Etat a été obligé de décréter, encore une fois, le confinement de la population.
Il convient de noter que dans un hôpital de la wilaya de Batna, un premier cas de syndrome de kawasaki a été découvert. Cette maladie, par ailleurs très rare en Algérie et qui se trouve être liée avec le Covid-19, a été découverte sur un enfant de 32 mois. La question qui se pose, selon Dr Bekkat Berkani, «est-ce qu’on veut sortir de l’épidémie ou est-ce qu’on veut rester dans cette situation d’état chronique ?» n