Chef de service de médecine interne au CHU de Sétif, le professeur Rachid Malek estime, dans cet entretien, que les personnes diabétiques présentent des symptômes plus graves et plus sévères de coronavirus.

Reporters : La Journée mondiale du diabète est célébrée cette année dans un contexte marqué par la propagation de la Covid-19 et son lot d’anxiété. Est-il vrai que les personnes atteintes de diabète sont plus exposées au nouveau coronavirus ?
Rachid Malek : Les personnes atteintes de diabète ne sont pas plus exposées que d’autres à contracter le coronavirus. Mais, une fois que ces personnes sont atteintes de la Covid-19, elles présentent plus de complications et donc des symptômes plus sévères et plus graves. C’est-à-dire qu’elles souffrent plus que les autres. Toute la différence est au niveau donc des complications.

Quel est le nombre de diabétiques en Algérie ? Avons-nous enregistré une hausse comme appréhendé par certaines voix parmi les professionnels de la santé ?
Il faut savoir que le calcul du nombre des malades ne se fait pas chaque année, mais tous les 5 ou 10 ans. Je m’explique : en 2003, nous étions à 8%, c’est-à-dire sur 100 personnes, il y avait 8 individus atteints de diabète. Actuellement, nous sommes à 14,4%, c’est-à-dire environ 15 patients sur 100 personnes. Pendant ces deux dernières décennies, nous avons enregistré une hausse certaine du nombre de malades. De 2003 à 2017, le diabète a augmenté de 80%. Cette évolution, en seulement 15 ans, est jugée très importante, voire inquiétante.
En Algérie, nous enregistrons une augmentation incessante de cas de diabète. C’est d’ailleurs le cas dans les pays en voie de développement. Quand on dit un pays en voie de développement, on parle forcément de changement de mode de vie. Celui-ci est lié à deux facteurs essentiels, l’inactivité physique ou la sédentarité et la consommation d’aliments riches en glucides et en gras. Ces derniers engendrent l’obésité qui cause à son tour le diabète.

Quid de la prise en charge des personnes diabétiques au niveau des hôpitaux dans le contexte de crise sanitaire liée à la Covid-19 ? Y a-t-il des adaptations ?
La prestation n’est pas la même. A l’hôpital de Sétif, où j’exerce, le service de diabétologie a été partagé en deux. Une partie allouée à la diabétologie et à la médecine interne comme de coutume. Et nous avons une autre partie dédiée à la Covid-19. Nous essayons de prendre en charge un maximum de cas contaminés même si dans l’état actuel des choses, nos services sont saturés comme beaucoup d’autres hôpitaux du pays. Par ailleurs, je voudrais souligner que les patients négligent souvent la consultation et ne s’adressent pas leurs médecins. De plus, une fois qu’ils sont atteints, ils évitent souvent d’être hospitalisés.

Quel message en cette journée à l’adresse des diabétiques ?
La journée mondiale du diabète est dédiée cette année surtout au personnel infirmier qui s’occupe des patients atteints de diabète et qu’on oublie souvent. Il s’agit des paramédicaux, psychologues, pharmaciens. On les remercie pour tout ce qu’ils font. Je profite de cette tribune pour lancer un appel à tous les patients de faire très attention, notamment en cette période de pandémie, où nous enregistrons malheureusement une augmentation des cas de personnes contaminées. Le respect du protocole sanitaire s’impose aujourd’hui plus que jamais. L’hygiène et le port du masque sont obligatoires. Je tiens à appeler également les patients à surveiller leur glycémie. C’est vital.