La crise qui sévit actuellement dans la filière électroménager et électronique risque de s’aggraver davantage, estime l’analyste en économie Mohamed Cherif Benmihoub. L’arrêt de l’activité peut s’étendre encore au niveau des entreprises concernées et renforcer le dispositif de licenciement mis en place depuis plusieurs mois et ayant touché des milliers de travailleurs, prévoit M. Benmihoub qui s’exprimait hier sur les ondes de la Radio nationale.

L’analyste voit le marasme qui s’est emparé de cette filière monter crescendo parce que, fait-il remarquer, il est le résultat logique d’une période antérieure marquée par « une mauvaise gestion et une absence de stratégie industrielle». Ce qui se produit, aujourd’hui, au niveau des usines de montage de l’électroménager et l’électronique laisse apparaître les effets d’une « crise » qui a commencé depuis longtemps. Et la situation d’aujourd’hui était prévisible « depuis 2014 », lorsque la chute des prix du pétrole a commencé, obligeant l’Algérie à mettre en place les dispositions nécessaires pour stopper cette crise, fait remarquer M. Belmihoub. En Algérie, « il n’y a jamais eu de réelle stratégie industrielle pour construire une filière électroménager et électronique », insiste-t-il, soulignant que d’autres filières pâtissent elles aussi de cette stratégie qui, relève-t-il, est « administrative », sans aucune base « économique ».

L’ABEF pointée du doigt
L’invité de la rédaction de la Chaîne III ne manque pas, à l’occasion, de s’en prendre à l’Abef, estimant que l’obligation faite par cette association aux entreprises de passer par un crédit de 9 mois auprès de leurs fournisseurs pour s’approvisionner en kits CKD-SKD, servant au montage d’appareils électroménagers et électroniques, n’a fait que rendre encore plus difficile la crise dans la filière. « L’Abef a mis en place des contraintes très sévères en obligeant les entreprises à recourir au crédit auprès de leurs fournisseurs. Cette obligation aggrave leur situation », regrette l’analyste. Pis encore, le mode de paiement différé auquel fait référence l’analyste incite le fournisseur à recourir à un crédit auprès de sa banque en contreparties d’intérêts qu’il devra payer. « Des intérêts qui seront, en fin de compte, payés par l’Etat algérien, explique-t-il, non sans s’interroger sur cette manière d’agir du gouvernement Bedoui, alors qu’il devrait être question de réduire de la facture des importations. « On met en place des mesures hasardeuses sous prétexte de réduire de la facture des importations et on instaure des règles qui rendent cette facture encore plus lourde », poursuit le professeur en économie, avant de désigner le paiement différé de « crédit extérieur » qui réduit largement le délai d’approvisionnement des usines, mais qui profite aux banques à travers les dividendes des intérêts qu’elles touchent. Pour rappel, fin octobre dernier, le gouvernement des affaires courantes avait, par l’entremise de l’Abef, instruit les entreprise d’électroménager et électronique d’abandonner le paiement cash dans leur importations de collections CKD-SKD, et de passer au paiement différé sur 9 mois. Un nombre minime de fournisseurs avait, certes, accepté le nouveau mode de paiement, mais en contrepartie, ces derniers ont prévenu d’une hausse des prix de leurs kits qui varie entre 7 et 10%, afin de couvrir les frais de banque et d‘assurance engendrés par ce type de paiement. « Cette hausse va se répercuter systématiquement sur la facture d’importation de 7 à 10% également, ce qui constitue une perte pour les banques algériennes au profit des banques étrangères », avait alors prévenu le Collectif des fabricants de produits électroniques et électroménagers, faisant état des retombées négatives de l’introduction du mode de paiement différé sur leur filière. Celle-ci se dirige vers un « arrêt d’activité », au risque de pousser au chômage 40 000 employés, avait déjà alerté le collectif. Depuis, ce sont près de 9 000 employés de la filière qui ont quitté leur emploi, alors que la quasi-totalité des usines ont carrément cessé de produire.