Reporters : Quelle évaluation faites-vous de la situation épidémique, maintenant que les cas Covid sont en train de monter en ayant même dépassé la barre des 200 cas par jour déclarés officiellement ?
Kamel Djenouhat : La situation épidémique en Algérie est inquiétante. La raison est que même si l’augmentation des cas confirmés de Covid-19 n’est pas exponentielle, on enregistre, en revanche, de jour en jour, une hausse des cas confirmés et des décès, sans oublier les malades en réanimation. En cette période, nous avons constaté qu’il y a, malheureusement, bien plus de décès qu’avant. C’est vraiment inquiétant.

Le variant Omicron qui n’est pas encore détecté en Algérie vient d’être lié au décès d’une personne au Royaume-Uni. Quel est votre commentaire ?
Il faut se rappeler que dès le début de l’apparition d’Omicron, lorsque les médias avaient parlé de la non-gravité de ce variant, nous (les scientifiques, ndlr) avions dit qu’il valait mieux aller vers le ‘’wait and see’’, puisque cela ne faisait pas longtemps qu’on avait enregistré ces nouveaux cas. Donc c’est vrai que, probablement, la majorité avait présenté des symptômes plus légers à modérés, mais nous avions souligné que la méfiance était, et reste, de mise parce qu’on avait constaté qu’en Afrique du Sud, il y a eu tout de même une augmentation des cas d’hospitalisation. Donc penser qu’une infection puisse être à zéro pour cent non meurtrière, ça n’a pas de sens, surtout dans les infections respiratoires. Cela existe même pour la grippe saisonnière. On ne le dit pas car ce n’est pas enregistré par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), mais chaque année, tous les pays comptent des décès suite à la grippe saisonnière.
Pour le moment, on patiente, on attend les prochains jours ou les prochaines semaines pour voir un peu plus clair par rapport à Omicron et comment évolue l’état des malades qui en sont atteints. Il y aura plus de visibilité par rapport au taux de décès induit par cette infection qui reste, globalement, modérée à bénigne.

Omicron continue de se propager en Europe où il a été révélé, par exemple, qu’il représente 40% de la population londonienne atteinte par le Covid. Il est également détecté dans 11 pays africains dont la Tunisie voisine… Le risque de le voir arriver en Algérie et causer plus de contaminations n’est-il pas encore plus grand, surtout avec le faible taux de vaccination ?
Tous les pays vont finir par publier des cas d’Omicron. C’est un variant qui ne va pas épargner un pays… A mon avis, l’avantage qu’il y a par rapport à sa forte propagation à Londres, c’est qu’il va très vite dépasser le variant Delta. Je m’explique : Omicron va écraser le Delta et c’est un avantage, à mon avis, car le nombre de décès qu’il engendre par jour, selon ce qu’on a vu jusqu’à présent, n’est pas catastrophique. Si Omicron a cette tendance qu’on dit ‘’pas grave’’, on aimerait bien qu’il nous débarrasse du Delta qui est très meurtrier. Avec le temps, peut-être dans quelques semaines, tous les cas Delta vont disparaitre.
Quant à l’arrivé d’Omicron en Algérie, je pense qu’elle aura lieu, on ne vit pas seuls dans un pays hermétique. Je pense qu’il est déjà là et qu’on ne l’a pas encore découvert, c’est une question de temps ; on va certainement le déclarer dans les jours ou les semaines qui viennent.

Est-ce donc seulement une question de séquençage ?
Effectivement. Il est question de séquençage qu’on devrait, aussi, faire de manière ciblée. Il faudrait en faire le maximum. Pour détecter le nouveau variant, il faudrait s’orienter beaucoup plus vers des régions où on trouve des clusters d’apparition rapide des cas Covid.

Ces régions sont-elles identifiées actuellement ?
Pas encore à ma connaissance, mais les épidémiologistes peuvent le déterminer. Je pense aussi qu’au niveau du ministère de la Santé ils ont une meilleure visibilité des cas de l’épidémie à l’échelle nationale et peuvent, donc, suspecter quelles sont les régions en question. C’est ainsi qu’on trouve le variant : soit par séquençage général et global, ce qui n’est pas le cas chez nous malheureusement, soit par séquençage des clusters d’apparition rapide dans un délai très court.

Quid de l’efficacité des vaccins contre ce nouveau variant qui, selon toute vraisemblance, finira par arriver en Algérie ?
Même si l’efficacité des anti-Covid-19 baisse, on espère qu’elle restera protectrice contre les formes graves et des décès, c’est le plus important.

Justement, à propos de la vaccination, la réticence d’une bonne partie de la population est toujours là, présente…
C’est un constat malheureux et il faut, tout de même, dire une chose très importante : il y a les menaces à court terme et les menaces à long terme. Il faut savoir que la vraie menace actuellement, elle est à court terme et c’est le variant Delta. C’est lui qui est meurtrier et c’est lui qui est responsable de cette vague que nous sommes en train de vivre dans le pays, avec une hausse des cas et des décès. Il représente presque 100% des cas, et c’est la vaccination qui permet d’éviter ses conséquences.

A votre avis, qu’est-ce qui pourrait inciter la population à montrer une meilleure adhésion par rapport à l’acte vaccinal ?
En fin de compte, et selon les constats de ce qui s’est déjà passé, il est démontré que c’est plus la peur qui fait réagir la population. Les citoyens, lorsqu’ils voient que les décès augmentent, ils se dirigent vers les centres de vaccination, et lorsque les décès baissent et que la vague s’éloigne, ils retournent, malheureusement, à la réticence. Mais je pense qu’avec l’arrivée de la vague du Delta que nous sommes en train de vivre, il y aura retour de la population vers la vaccination.
En fait, les citoyens pensent que le vaccin est pour traiter, alors que non, il est injecté pour prévenir des formes graves et des décès. Il est utilisé pour ne pas aller à l’hôpital, pour ne pas faire de symptomatologie grave et, surtout, je le répète encore, pour éviter les décès. Il faut que les citoyens comprennent que l’objectif de la vaccination n’est pas curatif, mais préventif.