Directeur de l’agence Pasteur de Constantine, le professeur Foudil Khelifa, à la tête d’un «bataillon» de… 8 personnes, ne cesse de combattre la Covid-19 en s’impliquant 7 jours sur 7 et plus de 10 heures par jour pour faire parler les tests PCR, 300 environ quotidiennement. Ceux de la wilaya de Constantine et d’autres wilayas limitrophes. Il a quand même trouvé le temps, encore une fois, d’éclairer notre lanterne très opaque du fait de moult déclarations et de leur contraire. Suivons-le, il est de bon conseil.

Reporters : On voit se multiplier les tests Covid, sans que les patients ne sachent vraiment lequel est le plus pertinent. Dans cette cacophonie, entretenue en partie par les laboratoires d’analyses privés, qu’en est-il exactement entre PCR, antigénique, sérologique, scanner et autres tests ?
Foudil Khelifa : Du point du diagnostic viral, il y a deux types de tests. Les tests virologiques qui reposent sur la RT-PCR qui consiste à rechercher des parties du génome du virus (test de référence) et la recherche de l’antigène viral qui détectera des composantes du virus. Ces tests se font par le biais d’un prélèvement nasal à l’aide d’un écouvillon spécial.
Le deuxième type de test repose sur la détection des anticorps spécifiques du virus. Ce sont les tests sérologiques. Il faut en moyenne une quinzaine de jours pour que les anticorps apparaissent après une infection par la Covid-19. Pour savoir donc si on est infecté, il faut faire une RT-PCR ou une recherche d’antigène. Les tests sérologiques nous permettent de savoir si on a été infectés il y a plus de 15 jours et surtout si on a développé des anticorps.

D’un autre côté, on parle de deuxième vague apparue au mois de novembre. Une petite analyse de la situation des contagions et de la positivité des malades…
Nous avons effectivement connu une deuxième vague à l’instar du reste du monde. Nous avons constaté au mois d’octobre un relâchement par la population des mesures barrières, une reprise des regroupements (mariages, fêtes, veillées mortuaires…). Heureusement qu’elle a duré beaucoup moins longtemps que la première, mais elle a malheureusement été accompagnée de son lot de décès.
L’automne est connu pour ses maladies à transmission par voie aérienne. Cela a-t-il un impact sur la Covid-19 ?
Oui bien sûr. Le SRAS CoV 2 est un virus respiratoire, il est transmis par les gouttelettes de salive (par voie aérienne) et par les mains. Donc toutes les maladies des voies respiratoires qui se traduisent par une toux ne peuvent qu’accentuer la transmission de la Covid-19. Prenons le cas d’une personne infectée par la Covid-19, mais qui est asymptomatique (qui ne tousse donc pas). Si cette personne contracte un rhume et qu’elle se met à tousser, elle dissémine ainsi le SRAS CoV 2 dans son entourage. C’est valable pour tous les virus respiratoires.

Encore une fois, le vaccin antigrippal est pointé du doigt et on lui impute un rôle dans la contamination à la Covid-19. Voulez-vous remettre les pendules à l’heure ?
Je suis surpris d’entendre parfois ce genre d’inepties. Bien au contraire, le vaccin antigrippal limite la propagation du virus grippal et, par ricochet, il peut limiter la transmission de la Covid-19. C’est ce que j’ai expliqué lors de votre précédente question. La grippe se traduit par de la toux, si nous sommes donc porteur aussi du SRAS, ce dernier sera transmis par la toux provoquée par la grippe. Raison pour laquelle il est préférable de se faire vacciner contre la grippe.
Restons sur les vaccins. On remarque une flopée de vaccins sur le marché, de ceux de Pfizer-BioNtech, à Astrazeneca et Sanofi pour 2021, sans oublier ceux chinois et russe. Entre le «messager ARN» et le vaccin classique, expliquez-nous lequel pourrait le mieux nous convenir.
Vous me posez là une question délicate. Il existe plusieurs types de vaccins. Le vaccin à ARN consiste à injecter dans nos cellules des brins du génome du virus pour leur faire fabriquer des protéines ou «antigènes» spécifiques du coronavirus. Ces protéines vont susciter la formation des anticorps. Ce sont des vaccins innovants. Les laboratoires Pfizer/Biontech et Moderna proposent ce type de vaccins.
Le vaccin à virus inactivé est la forme de vaccin la plus couramment utilisée, qui consiste à injecter dans l’organisme un virus inactivé. Le but de ces vaccins est d’entraîner notre système immunitaire à reconnaître le coronavirus, afin de neutraliser le vrai virus s’il venait à nous infecter. Un laboratoire chinois propose ce type de vaccins. Le vaccin à «vecteur viral» utilise un autre virus non pathogène (non dangereux) en y incorporant une partie du génome du Coronavirus pour que les cellules des personnes vaccinées fabriquent une protéine du Sars-Cov-2, qui suscitera la formation d’anticorps anti-Covid-19.
Parmi ces vaccins, nous avons le russe Spoutnik V et ceux fabriqués par les laboratoires AstraZeneca et Johnson & Johnson. Enfin, le dernier type de vaccin repose sur la protéine recombinante qui consiste à reproduire des pointes (protéines virales) qui se trouvent sur le coronavirus et qui lui servent à infecter les autres cellules. Une fois injectées, elles provoquent la production d’anticorps anti-pointes, qui empêcheront le virus de se fixer sur les cellules. Le premier type de vaccins nécessite des conditions de stockage draconiennes puisqu’il doit être maintenu à une température de – 72 ° en permanence, ce qui ne sera pas évident pour beaucoup de pays. Le vaccin russe semble le mieux adapté pour ces pays et pour l’Algérie.

Une troisième vague est-elle possible avant la vaccination promise pour le premier trimestre 2021 ?
Nous ne sommes pas à l’abri d’une troisième vague, malheureusement, particulièrement à cause des maladies saisonnières hivernales et le relâchement des mesures barrières. Je reste néanmoins convaincu qu’elle ne durera pas longtemps étant donné qu’une immunité de masse s’installe de plus en plus.
Les autorités parlent de la production du vaccin qui sera choisi localement. Pensez-vous, bien que les progrès de la production de médicaments en Algérie ne soient plus un doute, que l’on dispose du matériel nécessaire et surtout du savoir-faire pour le faire ?
Des vaccins contre d’autres maladies sont déjà fabriqués en Algérie. Quant à la possibilité de la fabrication du vaccin anti-Covid, tout dépendra du type de vaccin choisi.