Le ministre de l’Energie, Mustapha Guitouni, avait raison de pointer, il y a quelques semaines, une hausse effrénée de la consommation interne des produits énergétiques. Et pour cause, l’ensemble des courbes étaient de tendance ascendante au premier semestre du précédent exercice, constate-t-on dans un bilan rendu public par le ministère de l’Energie.

La consommation nationale du gaz naturel a atteint 24,1 milliards de m3 durant les premiers six mois de 2018, soit une croissance de 11,4% par rapport à la même période de 2017, « tirée surtout par les enlèvements de Sonelgaz (10,4%), avec la hausse de la consommation de sa clientèle (17,7%) », lit-on dans le bilan du ministère de l’Energie. C’est cette hausse effrénée qui fait craindre au ministre un rétrécissement dès 2023 des volumes de gaz dédiés à l’exportation. C’est une source de vulnérabilité pour l’Algérie, à l’heure où les volumes produits poursuivent leur tendance baissière amorcée il y a de cela une dizaine d’années déjà. La baisse de la production a entraîné une réduction des quantités exportées sur les dix dernières années, si l’on se fie aux différentes notes de conjoncture publiées par la Banque d’Algérie depuis 2007. S’agissant de la consommation des produits pétroliers, le bilan du ministère de l’Energie lève le voile sur des ventes en hausse de 1,4% de janvier à juin 2018, les ventes de produits pétroliers s’établissant à 8,7 millions de tonnes, tirées essentiellement par le GPL (+17%), et dans une moindre mesure par le gasoil (+1,2%). Pour l’électricité, les ventes de Sonelgaz pour ses clients ont connu une hausse de 3,1% comparativement à la même période de 2017, pour se situer à 27,6 twh. « Elle a été tirée surtout par la hausse de la demande des clients de la haute et basse tension, qui ont évolué respectivement de 6,2% et 3,4% ». Cette tendance haussière de la consommation nationale des produits énergétiques remet au goût du jour les inquiétudes sur les engagements internationaux de l’Algérie, même si la production du gaz naturel a évolué dans le même sens au cours des six premiers mois de 2018. En effet, le bilan du ministère de l’Energie indique une légère hausse de 4,5% de la production du gaz naturel de janvier à fin juin 2018. Laquelle augmentation a compensé la baisse de la production des produits liquides (pétrole, condensat et GPL). Dans la hausse de la consommation interne de gaz naturel, les spécialistes y voient un élément de vulnérabilité pour le pays, étant donné qu’elle grignote la part des volumes dédiés à l’export, mais le gouvernement a sa part de responsabilité, étant à l’origine du retard accusé dans la mise en œuvre des programmes d’efficience énergétique et de développement des énergies renouvelables. Signe de cette inquiétude de voir la consommation évoluer au même rythme sur les prochaines années, le ministre de l’Energie, Mustapha Guitouni, a laissé entendre, récemment, lors d’une plénière à  l’Assemblée populaire nationale (APN), qu’au rythme où vont les choses, «l’Algérie risque de ne plus pouvoir exporter son gaz naturel d’ici trois ans ».
Le ministre a indiqué que 50% du gaz produit est dirigé vers la consommation domestique, en ajoutant que 40% de cette consommation est couverte en gaz butane. Le ministre avait fait le même constat sur la consommation des produits pétroliers, dont la part acheminée vers l’exportation devrait également diminuer à l’avenir sous l’effet de l’explosion de la consommation locale.