Les défis relatifs à la satisfaction de la demande intérieure en produits énergétiques se posent à nouveau dans un contexte de forte hausse, alors que la production évolue sur une tendance stable, remettant au goût du jour les vulnérabilités de l’Algérie, se rapportant essentiellement au taux de croissance de la consommation par rapport à celui des réserves et des capacités de production du pays sur le long terme.

Par Hakim Ould Mohamed
Le débat sur cette sempiternelle question a été relancé de plus belle, mardi, par la commission des finances et du budget de l’Assemblée, qui a auditionné le ministre de l’Energie et des Mines, Mohamed Arkab, dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances 2022. Selon le ministre, la consommation nationale d’énergie avait augmenté de 5% à la fin du mois de septembre dernier, par rapport à la même période de l’année écoulée, à 47 millions de tonnes équivalent pétrole (TEP). Certes, cette croissance peut se justifier par la relance de l’activité économique et la reprise progressive des moyens de transport suite à l’amélioration de la situation épidémiologique, mais elle relance, par la même, la récurrente question sur la couverture de la demande intérieure aux produits énergétiques, alors que la production peine à remonter la pente, pénalisée par la baisse des investissements et l’ajournement de certains projets en raison de la double crise, liée à la rechute des cours pétroliers mondiaux en 2020 et à l’impact du choc pandémique sur l’économie. Apicorp (Arab Petroleum Investments Corporation) a indiqué, dans son dernier rapport sur l’évolution des investissements énergétiques dans la région MENA, que l’Algérie a dû reporter des projets d’une valeur de 3 milliards de dollars dans le secteur des hydrocarbures. Dans ce contexte, le ministre de l’Energie et des Mines a indiqué qu’en dépit des efforts consentis, le secteur fait face à des défis relatifs à la satisfaction de la demande intérieure sur les produits énergétiques, notamment la demande en gaz naturel qui dépasse les 45 milliards de m3, mettant l’accent sur la nécessité de «contribuer à l’utilisation rationnelle de ces richesses». A ce propos, le ministre a fourni des données pour le moins ahurissantes sur le gaspillage de l’énergie, indiquant que sur les 10,6 millions clients de Sonelgaz en électricité et les 6,8 millions de clients en gaz, seuls 2 millions de foyers consomment modérément l’énergie, représentant des familles au revenu moyen, alors que 5 à 6 millions de clients consomment l’énergie de manière «irrationnelle».
Cette situation entraîne «un grand manque à gagner» vu que l’Algérie, qui produit son électricité à 99% à partir du gaz naturel, vend cette ressource sur le marché local à 0,24 dollar le MMBTU (Million de BTU), alors qu’elle est facturée entre 7 à 9 dollars le MMBTU sur les marchés étrangers. Il en est de même pour le pétrole, vendu localement à 12 dollars le baril, alors que son prix à l’international a atteint les 80 dollars, fait observer Mohamed Arkab.
Cette situation fait remonter à la surface les faiblesses de l’Algérie, liées essentiellement à la hausse effrénée de la consommation des produits énergétiques, en période de baisse des investissements dans le secteur des hydrocarbures. Les défis consistent à stabiliser le taux de consommation et l’adapter à celui des réserves conventionnelles d’hydrocarbures et aux capacités de production de l’Algérie sur le moyen et long termes. Ces défis rappellent clairement les impératifs de relancer l’investissement en amont et en aval pétroliers et gaziers ainsi que la nécessité de réadapter les usages de l’énergie en fonction de la contribution des secteurs de consommation à la valeur ajoutée et à l’économie. D’autant que la consommation des ménages accapare des parts et non des moindres, alors que les secteurs économiques arrivent loin derrière avec des niveaux de consommation de moindre ampleur. <