Par Nadir Kadi
Les raisons de la relative «tension» qui persiste depuis plusieurs semaines sur les marchés de détail en ce qui concerne l’huile de table sont de plus en plus difficiles à expliquer. Le manque de ce produit dans certains magasins ne peut, en effet, s’expliquer par un manque notable de la production, d’autant que cette «tension» ne concernerait que certaines régions du pays, et, plus encore, qu’un certain nombre de grandes villes.
Contacté hier, le président de l’Organisation de protection et d’orientation du consommateur et son environnement (Apoce) Mustapha Zebdi avoue que les éléments d’information disponibles pour le moment ne peuvent expliquer la situation. L’argument qui avait été avancé par les grossistes et commerçants faisant état «d’une peur de se voir accusé de spéculation» n’aurait également aucun fondement juridique pour le président de l’Apoce.
En effet, alors que plusieurs grossistes spécialisés dans le commerce de l’huile de table avaient avancé, le 13 octobre dernier à Reporters, qu’ils préféraient suspendre l’activité de transport et de stockage de l’huile de peur d’être accusés de «spéculation» et voir leur marchandise saisie, Mustapha Zebdi souligne pour sa part qu’une telle crainte n’est pas fondée : «Cela ne repose sur aucun argument juridique (…) L’huile de table est un produit subventionné et son prix est réglementé. Dans ces conditions, il est impossible d’être accusé de pratique de spéculation». Quant aux commerçants qui vendent de l’huile de tournesol non subventionné, l’accusation est ici «possible». Cependant, ajoute M. Zebdi, ce type de produit, largement plus cher pour le consommateur «ne connaît pas de tension particulière sur les marchés».
Quant aux éléments qui pourraient donner un début de réponse sur les raisons de la tension – bien réelle – qui persiste sur les marchés, le responsable de l’Apoce déclare : «Nous avons plusieurs données remontées du marché. Malgré cela nous ne pouvons pas établir les raisons de ces perturbations (…) Ce qui est clair, c’est que cette situation touche quelques régions du pays, après avoir commencé plus spécifiquement dans la région Est». En ce sens, les informations qui remontent du marché de l’huile font état «selon les dires des commerçants d’une baisse des apprivoisements sans explication des fournisseurs (…), d’achats massifs suite aux rumeurs, encore alimentées par les réseaux sociaux», en plus de la répercussion d’un arrêt temporaire «d’une des usines situées à l’est du pays». Ainsi, sans trancher parmi ces éléments de réponse, M. Zebdi souligne : «Voilà les éléments qui se regroupent à l’heure actuelle (…) mais dans les faits aucune de ces causes ne permet de comprendre la situation. A l’heure actuelle nous ne pouvons pas répondre de manière claire, parfois il y a des données valables, mais en ce qui concerne ces tensions elles sont inexpliquées».
Quant au niveau de production des usines, «absolument rien» pour le moment ne permet d’avancer l’hypothèse d’une diminution ou de perturbations. «Nous n’avons pas de réponse à vous donner», regrette M. Zebdi, «nous-mêmes en tant qu’organisation de défense des consommateurs, nous ne comprenons pas les raisons de ces perturbations…». Dans ce contexte, la crainte, explique le responsable de l’Apoce, est que le phénomène s’auto-alimente, autrement dit que la crainte, non fondée, d’un éventuel manque d’huile ne pousse les consommateurs à provoquer des tensions par des achats massifs : «Nous avons lancé des appels en direction des consommateurs pour les inviter à consommer avec modération. Il s’agit d’éviter l’affolement».