La folie des prix enregistrée par la mercuriale au 16e jour de Ramadan est inversement proportionnelle aux multiples assurances des autorités concernées quant à leur baisse au dixième jour du mois béni.

Par Khaled Remouche
Après plus de quinze jours de Ramadan, les prix des produits de large consommation sont restés très élevés. Le poulet entre 400 et 420 dinars, la pomme de terre entre 70 et 80 dinars, la tomate entre 100 et 120 dinars, la salade à 150 dinars le kilogramme. La hausse la plus sensible est celle qui concerne la viande blanche eu égard que la majorité des ménages recourent à cette protéine animale, la viande rouge étant devenue hors de portée pour nombre de consommateurs. A relever que le poulet se vendait avant le Ramadan entre 280 et 320 dinars le kilogramme, soit une hausse aujourd’hui de plus de 30%. L’Organisation de protection des consommateurs, l’Apoce, avait prévu cette augmentation à la veille du Ramadan. La flambée de l’aliment destiné à la volaille sur les marchés internationaux explique cette hausse, selon cette organisation, mais pas uniquement. Les ministères du Commerce et de l’Agriculture n’ont pas anticipé cette flambée des prix, en réduisant ou supprimant la TVA et droit de douane sur ce produit de manière immédiate et n’ont pas régulé efficacement le marché dès les premiers jours du Ramadan. Aujourd’hui, les opérations de déstockage de la pomme de terre et du poulet effectuées par l’Onilev pour stabiliser les prix de ces produits, très prisés au cours ce mois, n’ont eu jusqu’ici aucun impact sur le marché. La raison. Cet office n’a pas mis en place jusqu’ici un réseau de distribution dense à même d’influer sur les prix. Ce qu’on peut observer également dans les marchés de détail de la capitale, l’absence de la viande congelée importée. Une opération décidée par le gouvernement pour stabiliser les prix de la viande mais intervenue trop tardivement. Ce n’est pas en quelques jours, nous semble-t-il, qu’on peut commander, importer et écouler la viande importée. Au seizième jour du Ramadan, outre ceux de la viande blanche, l’escalope de dinde cédée à 850-900 dinars, les prix de la viande rouge étaient également très élevés par rapport aux prix d’avant le mois béni. La viande hachée, l’une des plus prisées était cédée entre 1 400,1 800 dinars, hier, alors qu’elle se vendait à 1 200 dinars avant cette période. Les côtelettes sont à 1 500 dinars contre 1 200 dinars auparavant. On voit bien que l’essentiel des mesures prises par le ministère du Commerce n’ont eu aucun impact sur le marché. L’Etat, encore une fois, est impuissant à contrôler le marché. M. Mokrani, Directeur central chargé de l’organisation des marchés, a reconnu que l’écart entre les prix des produits très demandés, tels que la pomme de terre et la tomate, et ceux affichés par les marchés de gros de légumes et des fruits, ont atteint les 100%. Pis, Zaki Hariz, président d’une autre association de protection des consommateurs, dans un entretien accordé à un quotidien national, affirme que le prix de la pomme de terre est de 20 dinars par l’agriculteur, elle arrive au consommateur à 80 dinars. Ces écarts sont exacerbés, notons-le, par la multitude d’intermédiaires qui foisonnent dans le système de distribution national des fruits et légumes et reste très archaïque.

Marchés hors de contrôle
Il faut rappeler que récemment, le ministre du Commerce a rassuré les consommateurs en affirmant que les prix des produits de large consommation vont baisser. Quelques jours après sa déclaration, les prix sont restés très élevés. Ce qui montre encore une fois que les marchés échappent au contrôle de l’Etat. Tout se passe comme si la folie enregistrée par la mercuriale, durant ces 16 premiers jours de Ramadan est inversement proportionnelle aux multiples discours officiels rassurants quant à la stabilité des prix pendant cette période. Ainsi, les mesures prises par les ministères du Commerce et de l’Agriculture ne sont pas traduites sur le terrain, consacrant un énième Ramadan marqué par la flambée des prix des produits de large consommation et les plus prisés pendant la période, la prolifération de l’informel, la spéculation et l’enrichissement des commerçants sur le dos de la majorité de la population. A noter que le ministère du Commerce avait, en décembre dernier, élaboré une feuille de route pour mettre fin aux insuffisances du marché, en concertation avec les associations de protection des consommateurs et des commerçants. Pour l’instant, les mesures prises n’ont eu aucun impact sur le marché. Résultat de tous ces dysfonctionnements et de cette mollesse des autorités face aux pratiques spéculatives et aux multiples infractions commerciales, le pouvoir d’achat de la majorité des ménages a été laminé. Son érosion a été favorisée par la dévaluation du dinar de l’ordre de 10% par an, selon Zaki Hariz. La dépendance à l’égard de l’importation est également un facteur à l’origine de ces flambées des prix dont l’illustration est celle des prix des aliments de bétail et ceux destinés à l’aviculture sur les marchés internationaux qui se sont répercutés sur les prix du poulet et dans une moindre mesure sur les prix de la viande rouge.