Les opérations de police et de gendarmerie se sont multipliées en ces jours de ramadan contre des commerçants suspectés de spéculer sur les prix des produits de large consommation. Des tonnes de farine, de semoule et des quantités d’huile de table importantes sont saisies dans des lieux de stockage non déclarés. Pour quelle efficacité ? L’effet dissuasif localisé est peut-être garanti, le fond du problème n’est cependant pas résolu. Dans un marché de gros et de semi gros largement dominé par l’informel et échappant à toute traçabilité et véritable contrôle de ses sources souvent cachées, la question mérite d’être sérieusement posée.

Par Khaled Remouche
Au cours des dix premiers jours de Ramadan, les services de contrôle de l’Etat ont saisi des milliers de tonnes de produits, essentiellement des produits sous tension au cours de ce mois saint, farine, semoule, huile. Dénominateur commun de cette criminalité, la rétention de produits dans des infrastructures de stockage non déclarées. Un acte spéculatif condamné pénalement au titre de la nouvelle loi sur la spéculation. La fréquence des saisies enregistrées, ces derniers mois, montre que la nouvelle législation n’est pas assez dissuasive. Ces saisies ne constituent, selon un spécialiste du domaine, qu’une infime partie des transactions, objets de spéculation.
Une large sphère commerciale qui échappe au contrôle s’est spécialisée donc dans les manoeuvres spéculatives, favorisées par la prédominance de l’informel et la désorganisation du marché intérieur. Ce phénomène explique pour une bonne partie la flambée récurrente des prix enregistrée ces dernières années. Prenons l’exemple de la courgette, de la salade, de la pomme de terre, produits parmi les plus prisés au cours de ce mois et qui ont atteint des niveaux de prix hyper élevés pendant les dix premiers jours de Ramadan : pomme de terre 120 DA, plafond de 250 DA pour la salade et de 180 DA pour la courgette. Cette criminalité baigne dans un terreau favorable d’absence de traçabilité, de ventes sans facture, de marché de gros des produits alimentaires informels, à l’instar du marché de Smar à Alger. Quand les transactions commerciales s’effectuent dans des circuits informels, comment voulez-vous que la spéculation ne prospère pas sur le marché domestique ? Mais n’oublions pas que ceux qui disposent d’entrepôts et font dans la rétention de produits ne sont pas des petits commerçants mais de gros bonnets qui ont la capacité d’organiser de larges manoeuvres spéculatives sans être démasqués. Comment voulez-vous aussi que les prix de la viande blanche connaissent une stabilité quand cette filière est dominée par des éleveurs non identifiés par les services de l’agriculture ? Autrement dit, si le marché intérieur était organisé avec des circuits de distribution transparents, de véritables marchés de gros de fruits et légumes, de viandes et de produits alimentaires, une régulation de l’offre, un véritable appareil de contrôle avec des services qui travaillent en étroite collaboration soutenus par les forces de l’ordre, les pratiques spéculatives ne seraient pas aussi déterminantes dans la fixation du prix du produit de large consommation. Mais de là à dire que la spéculation est l’unique source de ces flambées de prix, ce serait occulter d’autres facteurs qui influent sur ces prix. N’oublions pas que l’offre en fruits et légumes et viandes au cours de ce mois de Ramadan a été réduite, respectivement, par la diminution des surfaces agricoles exploitées en raison de la sécheresse et par l’interdiction pour la viande bovine d’importer du cheptel vivant destiné à l’abattage. Cette option qui avait été utilisée pendant ces dernières années permettait d’atténuer le déséquilibre entre l’offre et la demande. Les marchés de gros de la viande, selon leurs exploitants et les bouchers, ont enregistré au cours de ce mois une rareté de la viande. La viande ovine locale a compensé la baisse de l’offre mais pas suffisamment. La solution pour la viande rouge est l’augmentation de l’offre ovine et bovine locale et l’organisation du marché de distribution de ce produit. Les décisions administratives et restrictions dans les importations participent également aux causes de flambées des prix. Pour la banane – au-delà des grosses saisies spéculatives effectuées – qui a atteint la barre des 700 dinars au cours du mois de Ramadan, selon un membre de la filière, la cause serait aussi le temps fort long pour attribuer les agréments aux importateurs de bananes. Concernant, les restrictions, plusieurs opérateurs se plaignent des quantités insuffisantes de blé fournies pour approvisionner les minoteries, d’où la tension sur la semoule et la farine. n