Les cours mondiaux des produits alimentaires sont au plus haut depuis 2011, alimentant, en Algérie, les risques d’une inflation importée et l’inquiétude d’une flambée accrue des prix à la consommation.

Par Hakim Ould Mohamed
Les données communiquées, jeudi, par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) font, en effet, craindre le pire, dans une conjoncture marquée par le retour des tensions inflationnistes sous l’effet de plusieurs facteurs, dont la dépréciation du dinar, les restrictions des importations et la hausse des coûts des intrants qui induit une augmentation des coûts de production et des prix à la consommation. Dans son bulletin mensuel rendu public, jeudi, la FAO a indiqué que son indice des prix des produits alimentaires a atteint en moyenne 133,2 points en octobre 2021, en hausse de 3,0% par rapport à septembre et de 31,3% par rapport à octobre 2020. Après avoir augmenté pendant trois mois consécutifs, l’indice d’octobre s’est établi à son niveau le plus élevé depuis juillet 2011. La hausse du mois dernier est due principalement à la vigueur continue des prix mondiaux des huiles végétales et des céréales.
Ce qui est frappant dans les données de la FAO, c’est que tous les produits importés par l’Algérie en quantités importantes, à savoir les céréales, les huiles végétales et la poudre de lait, ont connu d’importantes hausse de leurs prix. En effet, l’indice FAO des prix des céréales a augmenté de 3,2% en octobre par rapport à septembre et s’est établi de 22,4% au-dessus de son niveau d’il y a un an. Les prix internationaux de toutes les principales céréales ont augmenté en octobre.
Les prix mondiaux du blé ont continué de grimper pour le quatrième mois consécutif, en hausse de 5% en octobre, pour se situer à 38,3% de plus en glissement annuel, atteignant leur plus haut niveau depuis novembre 2012. L’indice FAO des prix des huiles végétales a augmenté, en revanche, de 9,6% marquant un niveau record, alors que l’indice des prix des produits laitiers a atteint en moyenne 120,7 points en octobre, en hausse de 2,2% par rapport à septembre et de 15,5% au-dessus de son niveau du mois d’octobre d’il y a une année.
Les seules tendances baissières ont été constatées sur la courbe des prix des viandes et du sucre. En tout cas, cette hausse des prix mondiaux des produits alimentaires relance les appréhensions quant à d’éventuelles répercussions sur les coûts à la production et les prix à la consommation en Algérie, d’autant plus que la plupart des pays partenaires de l’Algérie font face à une pression inflationniste sans précédent. Les inquiétudes des consommateurs algériens sont d’autant plus sérieuses que la hausse des prix des matières premières sur le marché mondial intervient dans une conjoncture marquée par une augmentation généralisée des prix sur le marché local. Cette hausse des prix mondiaux des produits alimentaires, si elle venait à être combinée à une dépréciation de la monnaie nationale, désormais clairement assumée par le gouvernement dans son projet de loi de finances 2022, devrait se traduire inévitablement par une augmentation des coûts pour les entreprises et des prix pour les consommateurs. Le projet de budget pour 2022 table, en effet, sur un taux de change du dinar de 149,3 DA pour un dollar l’an prochain, de 156,8 DA/dollar en 2023 et 164,6 DA/dollar en 2024.
Ces nouvelles dépréciations du dinar risquent d’alimenter davantage un taux d’inflation qui n’a cessé d’augmenter depuis septembre 2020 pour atteindre en juin dernier 4,1% en glissement annuel. Cette érosion monétaire, porteuse de risques inflationnistes, vient s’ajouter à d’autres facteurs favorisant une hausse généralisée des prix, dont l’augmentation des prix des matières premières, la hausse de la masse monétaire en circulation hors banques, l’annonce d’une révision du dispositif des subventions et d’une hausse des salaires de nature à faire croitre la masse salariale.