La liste des produits alimentaires interdits d’importation est en voie d’être élargie une énième fois depuis que le gouvernement Djerad a décidé de réduire, autant que possible, la facture d’importation. Un indice fort dans ce sens nous vient du ministère de l’Agriculture et du Développement rural qui a décidé de suspendre les autorisations d’importation de viande bovine fraîche et congelée. La mesure a été rendue effective dès le 27 septembre dernier, a-t-on appris.
Ainsi, les services vétérinaires auprès dudit ministère, habilités à délivrer les autorisations, ont informé les opérateurs que la suspension d’importation reste effective jusqu’à nouvel ordre. Il faut s’attendre donc à ce que cette mesure ait un impact sur le marché national de la viande rouge bovine dès lors où, jusqu’ici, les volumes importés servaient à réguler le marché en la matière compte tenu que l’offre locale n’arrive pas à répondre à la demande. Sur ce point, il importe de savoir que les volumes d’importation de viande bovine se sont élevés, en 2019, selon les chiffres des services vétérinaires, à près de 55 000 tonnes. Pour le détail, ce sont 18 280 tonnes de viande bovine congelée (VBC) désossée, 5 448 t de VBC destinée à la transformation, 18 376 t de viande bovine fraîche en carcasse et, enfin, 12 980 de viande fraîche sous vide. A partir de ce tonnage, il est facile de comprendre que les importations servaient à combler le déficit entre l’offre et la demande et de barrer la route à la spéculation. Mais toujours est-il que cette mesure n’est pas sans pénaliser les consommateurs puisque la viande bovine importée était proposée sur les étals au détail à un prix inférieur à la locale. Autre impact. Les restaurateurs contraints de se rabattre sur la viande bovine locale au prix du marché pourraient revoir à la hausse leur tarif, à moins de décider de n’utiliser que de la viande blanche… Toujours au registre des impacts attendus par la suspension des importations de viande bovine, de gros importateurs, contactés par Reporters, se disent pris au dépourvu non sans témoigner que beaucoup d’entre eux risquent de changer carrément d’activité si la mesure de suspension venait à s’inscrire dans la durée. «Le cas échéant, ce sont des dizaines d’emplois qui seront supprimés», déplorent des patrons de société spécialisée dans l’importation de viande bovine et sa commercialisation auprès des grossistes.
Cela dit, il y a lieu de rappeler que le ministère du Commerce a jusqu’ici établi une liste de 851 produits interdits à l’importation sur le territoire algérien, dont beaucoup de produits alimentaires, ainsi que certains à usage domestique et des matériaux de construction. Le but recherché étant de limiter la facture des importations et favoriser la substitution de ces dernières par les produits locaux. Selon des sources concordantes, la liste actuelle pourrait même être élargie à 1 000 produits dans un futur proche.
A propos de cette stratégie, l’expert financier et Directeur général du cabinet RMGC Advice & Solution, Souhil Meddah, avait dernièrement, lors de l’une de ses sorties médiatiques, émis des réserves : «Si les interdictions sont limitées dans le temps elles impacteront temporairement et de façon partielle les besoins du marché local. Et elles ne doivent donc pas s’éterniser, car les relations commerciales avec le reste du monde sont basées sur la diversification des échanges et non sur des restrictions des approvisionnements.»