Par Hakim Ould Mohamed
La situation sanitaire régnant dans le pays a donné lieu à diverses formes de spéculation, dont le but est de renchérir sur les prix de certains produits alimentaires et autres consommables médicaux, dont l’oxygène. Sur l’année, les prix des produits alimentaires ont atteint un pic, en témoigne l’indice des prix à la consommation de l’Office national des statistiques (ONS), qui a révélé plus tôt cette semaine que le rythme d’inflation annuel (juillet 2020 à juin 2021/juillet 2019 à juin 2020) est de +4,1%, contre un taux d’inflation de 2,4% en 2020 et de 2% en 2019.
Ainsi, force est de constater que les prix des produits alimentaires dessinent une inexorable tendance à la hausse depuis 2019. Et surtout qu’ils sont de plus en plus volatiles, ce qui accrédite l’idée d’un impact important de certains facteurs conjoncturels, dont la dérégulation des marchés et la spéculation. Deux facteurs qui ont contribué, ces derniers mois, à une forte volatilité des prix et à des tendances haussières constatées sur certains produits et consommables. Toutes les projections des spécialistes et des observateurs aboutissent à la conclusion que les prix vont rester élevés, étant donné des facteurs économiques favorisant les mouvements haussiers, dont la dépréciation du dinar et le renchérissement des prix à l’international, mais aussi en raison de la conjoncture de crise propice aux spéculations, à l’informel et à la dérégulation des marchés. C’est-à-dire que cette escalade des prix de ces derniers mois trouve sa cause à la fois dans les réponses de l’Exécutif à la crise, en dépréciant le dinar et en libéralisant les prix de certains produits, dont ceux des pâtes alimentaires, mais aussi dans l’impact de la conjoncture dans la formation des prix. De l’autre côté, la demande qui gonfle sur certains produits et consommables a contribué aux tensions constatées ces derniers jours.
Le ministère du Commerce a révélé récemment le jeu malsain auquel se sont livrés certains boulangers pour renchérir sur les prix du pain. Selon le Directeur général de la régulation et l’organisation des marchés au ministère du Commerce, les ministères du Commerce et de l’Agriculture ont récemment enregistré, dans le cadre des équipes mixtes de terrain, quelques insuffisances, notamment en ce qui concerne le refus de certains boulangers de travailler avec le système de facturation et le refus d’acheter de la farine aux moulins, mais plutôt d’aller l’acheter chez les grossistes à des prix exorbitants. Les équipes mixtes de travail ont également constaté le refus des boulangers d’acheter des sacs de 50 kg de farine, «un phénomène nouveau qui va faciliter à certains de transformer cette matière pour faire autre chose que du pain et de faire de la spéculation», poursuit le même responsable. Les prix de certains produits alimentaires n’ont pas échappé à ces tentatives de renchérissement quand bien même les volumes produits sont en hausse, ne justifiant point les prix actuellement pratiqués sur certains produits de la saison, dont les fruits et les haricots verts.
Les produits pharmaceutiques font également l’objet de fortes tensions en cette conjoncture de crise sanitaire, signalant çà et là des pénuries, touchant essentiellement les antalgiques, les antibiotiques et les produits d’oxygénothérapie.
Pour faire face aux conséquences d’une demande en forte hausse et des effets pervers de l’automédication, le ministère de l’Industrie pharmaceutique a adressé, lundi dernier, une note aux établissements pharmaceutiques de distribution en gros les informant de l’obligation de déclarer «hebdomadairement» les états de stocks des utilisés dans la prise en charge de la Covid-19. Les classes de produits pharmaceutiques concernés par cette déclaration sont les héparines de bas poids moléculaires, les antibiotiques, les antalgiques (antipyrétiques) et les corticoïdes. Dans un communiqué distinct, le même ministère a rappelé «l’interdiction de toute forme de monopole ou de pratiques commerciales illégales qui exposent leurs auteurs à des peines sévères». Les pénuries en produits et consommables d’oxygénothérapie ont donné lieu à un commerce informel aux ramifications inquiétantes faisant prévaloir un business juteux au détriment des malades en détresse respiratoire. <