Le tout frais changement opéré à la tête du ministère du Commerce, dans le cadre du léger remaniement décidé au sein du gouvernement par le président de la République, intervient dans une conjoncture où le tarissement des ressources financières issues des exportations pétrolières oblige l’Algérie,  depuis déjà au moins deux années, à mettre le cap sur la diversification et le renforcement de sa production locale pour atténuer le poids  de la facture des importations et permettre à la balance commerciale du pays de trouver son équilibre.

Ceci étant intimement lié à cela, cette démarche est en train de passer par l’interdiction d’importation de plusieurs dizaines de produits pour, en plus de dépenser moins de devises, permettre au produit « made in bladi » de saisir sa chance et pouvoir se  placer sur les étals du marché local en étant affranchi de la concurrence féroce des marchandises étrangères. Concernant les mesures qui pourraient participer à préserver la production nationale de cette concurrence, il a été déjà décidé, en plus de la liste des 851 produits concernés par l’interdiction à l’importation, d’instaurer des taxes supplémentaires  dites « de sauvegarde» annoncées par l’ex-ministre du Commerce Mohamed Benmeradi,  quelques heures avant son remplacement. Or, le problème de la facture en devises de l’Algérie ne provient pas  des importations, estiment un bon nombre d’experts en économie, à l’exemple du consultant Smaïl Lalmas.
« Le problème n’est pas l’importation en elle-même», considère-t-il, soulignant que «la problématique des importations réside dans la surfacturation».
C’est pourquoi, notre interlocuteur propose «la mise en place d’un taux de taxe intérieure à la consommation équivalente à la différence entre la valeur de la devise sur le marché informel et celle du taux officiel ». Le nouveau ministre du Commerce, Saïd Djellab, aura aussi pour mission de répondre aux inquiétudes des opérateurs nationaux dont certains ont vu leurs activités fortement  impactées par l’interdiction d’importer des intrants indispensables à leurs productions.
A l’exemple notamment des producteurs de boissons, les producteurs d’arômes et les céramistes dont les activités ont été frappées de plein fouet par les mesures prises par la tutelle pour encadrer le commerce extérieur.
Cette situation a poussé M. Benmeradi à réviser sa liste de produits interdits à l’importation, entrée en vigueur le 1er janvier 2018, et à annoncer le retrait d’une cinquantaine de produits. L’autre défi de Saïd Djellab sera de lancer une stratégie nationale à l’export (SNE) cohérente, et  dont l’échéance a été fixée à juin prochain.
La consultation des opérateurs économiques et de l’ensemble des acteurs du commerce international s’opère depuis fin 2017 afin d’évaluer les biens et services nationaux à exporter,  mais aussi les marchés à viser dans cette optique par les opérateurs. Une stratégie appelée  également à poser les bases d’une gestion bénéfique de l’intégration récente de l’Algérie au sein de la zone de libre-échange de la communauté africaine (ZLECA). « Le marché africain est un gros marché, la concurrence y est cependant féroce de la part des puissances économiques telles que la Chine, l’Inde et la Turquie», indiquait récemment Saïd Djellab, alors directeur général du commerce extérieur auprès du ministère de Commerce. «L’Algérie vise l’intégration de son économie à l’économie mondiale à travers une ouverture de son commerce extérieur et la mise en œuvre d’accords régionaux d’échanges», avait aussi réaffirmé M. Djellab lors d’une rencontre de consultation dans le cadre de la mise en place de la stratégie nationale à l’export.