L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) a, dans son rapport mensuel, encore légèrement revu à la hausse sa prévision de la production mondiale de pétrole des pays extérieurs à l’organisation pour cette année, notamment les Etats-Unis, mais jugé que des incertitudes pèsent sur le niveau de l’offre.

Elle a relevé de 0,01 million de barils par jour (mbj) son estimation de la production non-Opep en 2018 : elle devrait atteindre 59,62 mbj, soit une croissance de 1,72 mbj sur un an. Les Etats-Unis (+1,53 mbj) seront de loin les principaux contributeurs à cette croissance annuelle, devant le Canada (+0,28 mbj), grâce au pétrole de schiste. Parmi les incertitudes multiples que l’Opep cite dans son rapport, la hausse de l’inflation, les restrictions commerciales ou les contraintes logistiques affectant les producteurs de pétrole de schiste aux Etats-Unis. Elle note aussi une « hausse des incertitudes » économiques à la suite de plusieurs décisions des Etats-Unis : nouvelles sanctions contre la Russie, droits de douane sur l’aluminium chinois, retrait de l’Accord sur le nucléaire iranien. Sur ce dernier point, il faut rappeler que les Etats-Unis se sont retirés de l’Accord sur le nucléaire iranien avec l’intention ferme d’imposer des sanctions strictes sur l’économie du troisième plus grand producteur de l’Opep. Mais alors que la Chine, la Russie et l’Union européenne ont dit vouloir continuer cet accord, les analystes peinent à estimer dans quelle mesure les exportations iraniennes souffriront. En outre, « l’Opep a les capacités de production nécessaires à compenser l’effet des sanctions contre l’Iran, comme l’a affirmé le ministre de l’Energie des Emirats arabes unis», a affirmé Rebecca O’Keeffe, analyste chez Interactive Investor.
Le ministre Souhail al-Mazrouei, dont le pays assure la présidence tournante de l’Opep, estime que les Emirats, l’Arabie saoudite et le Koweït peuvent, à eux trois, compenser les sanctions américaines contre l’Iran, a-t-il affirmé dimanche dernier, selon l’agence Bloomberg.
Concernant sa propre production de brut, l’Opep estime qu’elle a modestement progressé de 12 000 barils par jour sur un mois à 31,93 mbj en avril, selon des sources secondaires. L’Algérie – 17 000 barils de plus qu’en mars -, l’Arabie saoudite et l’Iran ont augmenté leur production qui a été partiellement compensée par une diminution de la production de pétrole brut, principalement au Venezuela, au Gabon et au Nigeria.  Côté demande, l’Opep a également revu à la hausse de 25 000 barils par jour son estimation de la croissance pour cette année : la demande devrait atteindre 98,85 mbj, soit une hausse annuelle de 1,65 mbj. Cette révision fait notamment suite à des performances économiques solides dans les pays développés de l’OCDE au premier trimestre. Pour ce qui est des prix du baril, à l’ouverture des marchés, ils étaient en légère baisse. Les cours ont vite réagi hier après la publication du rapport de l’Opep. Alors que les cours du brut semblaient décanter, au lendemain de la fébrilité provoquée par le dossier iranien – le pays étant sous le coup de menaces de sanctions depuis que les Etats-Unis se sont retirés de l’Accord sur le nucléaire – ils ont repris du poil de la bête, en réaction immédiate au rapport mensuel sur la production de pétrole que l’Opep publiait le jour même. Vers 14h20 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en juillet valait 77,72 dollars sur l’Intercontinental Exchange (ICE) de Londres, en hausse de 60 cents par rapport à la clôture de vendredi. Sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de «light sweet crude»  pour le contrat de juin prenait 31 cents à 71,01 dollars.