Organisée sous le thème « Economie diversifiée et performance à l’export »,  la 26e Foire de la production algérienne draine à la fois  le grand public et les professionnels. 483 exposants avec 169 entreprises publiques et 314 entreprises privées y prennent part.

La manifestation constitue en fait un baromètre de l’économie et de la production nationales, permettant de mesurer, théoriquement, la demande et l’offre en produits locaux et de voir la qualité du « made in Algeria ». Aujourd’hui, la production nationale, tout le monde en parle, professionnels, autorités publiques et ménages. Adulée, elle est mise sur un piédestal. N’est-on pas simplement en train de grossir le trait sur cela ? Quel est le volume total réel de la production ? Comment l’assurance de la qualité sera-t-elle garantie ? Quelles sont les filières où il y a suffisamment de produits locaux ? Actuellement, le gouvernement attend qu’on fasse une cartographie globale sur les différentes branches de production. Cela devrait permettre de se faire une idée précise de ce dont dispose le pays en matière de production locale. Il y a quelques jours, le ministre de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Ville, Abdelwahid Temmar a fait état, de « besoins colossaux » en matériaux de construction pour répondre à la demande des projets de logement en cours de réalisation et ceux prévus à partir de 2018. En chiffres, il a précisé dans ce sens que les besoins du secteur jusqu’en 2019 sont estimés à 3 millions de tonnes de fer, 30 millions de tonnes de ciment, 30 millions de tonnes de briques, 110 millions de m2 de carrelage, 50 millions de m2 de céramique, 6 millions d’unités de robinetterie, 2 millions d’équipements sanitaires, outre des équipements électriques (câbles et fils), des canalisations, des tuyaux d’eau et de gaz, de mobilier urbain et d’éclairage public. Sur un segment précis, la demande est ainsi connue. Mais pas l’offre. Aussi, le ministre a appelé tous les opérateurs exerçant dans la filière des matériaux de construction en coordination avec le département dont il a la charge ainsi qu’avec le Forum des chefs d’entreprise d’établir un fichier national recensant les sociétés qui y opèrent et le volume de production qu’elles arrivent à dégager.

La part belle  aux importations
Aux dires de beaucoup, le manque d’indications détaillées relatives à la production nationale serait une autre des faiblesses que révèle la politique sectorielle de l’Etat. Le gouvernement ne signale qu’un seul secteur où les indications quantitatives sont relativement claires, celui de l’automobile. Le pays importait à l’époque de l’opulence 500 000 véhicules par an, soit 6 milliards de dollars en valeur. La branche a été cependant mise au régime ralenti, depuis trois ans.
Au lieu de continuer d’importer des véhicules, le pays a décidé de développer un tissu local de l’industrie mécanique. Problème, il n’y aura pas assez de place pour tous ceux qui veulent monter des usines de montage. Et le Premier ministre était clair à ce sujet : « Il n’y aura pas 50 producteurs de véhicules légers ou lourds (en Algérie), la liste sera très limitée (…), c’est un marché qui va être rétréci et qui sera monopolisé. Nous comptons sur ceux qui sont sur place pour tenir la barre ». Ainsi, le pays veut consommer local. Mais, il semble qu’il n’a pas les moyens de sa politique. En voulant à tout prix protéger et promouvoir la production locale, il s’est livré en fait à un exercice relativement compliqué, parce qu’il n’y est pas habitué. Normal ! Pendant des années et des années, il s’est distancé de la production nationale, faisant la part belle aux importations. Le « made in Algeria » n’avait pas la cote, y compris dans l’opinion publique. Et rendant à César ce qui appartient à César, il faut dire que seul le FCE l’a porté à bout de bras. En effet, pour la première fois, une opération « Consommons local » avait été lancée en 2003 par cette organisation patronale.
L’initiative comprend la mise en place d’un label Made in Bladi et qui s’inscrivait dans le cadre de la protection et la défense de l’économie nationale. Mais elle avait été abandonnée en cours de route pour des raisons budgétaires, car le Forum à lui seul ne pouvait pas supporter les frais élevés, notamment du volet relatif à l’achat d’espaces publicitaires dans les journaux, radios et télévision. De plus, les pouvoirs publics n’avaient pas fait montre d’allant en ce qui concerne cette opération qui n’était pourtant pas à caractère commercial. L’opération a été toutefois relancée, il y trois ans. Le Made in Bladi, le FCE veut en faire son cheval de bataille. Le Forum a lancé en fait un label intitulé « Origine Algérie Garantie (OAG) ». Cela signifie que les produits estampillés OAG seront commercialisés à l’avenir pour notamment inciter les consommateurs à opter pour le produit local. L’opération a aujourd’hui un réel soutien de la part des pouvoirs publics.